Mohamed Cheikh SBAI: symbole de la résistance à toutes les dérives

Mohamed Cheikh SBAI a rejoint son Créateur, le 13 février 2005

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voir également: Mohamed Cheikh: dernier lion du désert

Avant propos:

Est venu le moment de partager avec vous ce site_blog, en hommage à mon père, Mohamed Cheikh SBAI, disparu il y a dix ans…

Y sera évoquée, avec émotion mais aussi avec lucidité, l’histoire de cet homme, compagnon de Mohamed V et de Ben Barka et qui a combattu les dérives de Hassan II. La complexité, pour ne pas dire la richesse, du personnage est ainsi exposée !

A travers son histoire on visitera une partie de celle du Maroc et du Sahara, sans prétention, mais sans concession non plus.

Que ce témoignage éclaire des zones d’ombre entretenues, par ignorance, ou plus grave à dessein afin de préserver des privilèges, par ailleurs dérisoires, empêchant tout le Maghreb d’évoluer.

J’assume la part de subjectivité inhérente à tout témoignage sur des personnages très proches (en l’occurrence, mon père), mais je revendique une exigence permanente de l’objectivité historique.

Je suis conscient que je risque de provoquer deux sortes de frustrations: chez ceux pour qui tout débat historique et politique doit l’être à travers un prisme étroit d’une cause dite nationale, et chez ceux pour qui toute discussion doit être orientée vers une critique systématique du (des) système(s).

Mais il y a tous les autres, nombreux, curieux de la vérité et souhaitant que nos pays (ceux du Maghreb en l’occurrence) avancent et construisent ensemble leur avenir sans renier leur passé. C’est plus à ceux-là que je m’adresse !

Que celles et ceux qui guettent le sensationnel, voir le superficiel, me pardonnent d’avoir opté pour une perspective historique, géographique et humaine. Donc apaisée et forcément moins nationaliste, au sens étroit du terme, bien sûr. Mais une perspective ô combien génératrice d’espoirs pour tous les pays du Maghreb bloqués par un conflit qui dure depuis plus de 40 ans, empêchant leurs peuples et leurs jeunesses de construire ensemble… De s’attaquer aux vrais défis actuels: l’éducation, le développement harmonieux et respectueux de l’environnement, la justice et la lutte contre les extrémismes, et leurs causes, en premier lieu: l’analphabétisme, la mauvaise répartition des richesses et la mauvaise gouvernance, en général. Ah si les causes, dites nationales, de ces pays convergent vers celle-ci, le Maghreb aurait fait un grand pas vers un développement et une intégration régionale prometteurs, à tout point de vue. Les nouvelles et futures générations le méritent…

L’avenir se construit avec ses voisins et non contre eux. Ceci est valable des deux côtés de chaque frontière… L’Europe l’avait entreprise, il y a plus de 50 ans, le Maghreb quand ? A méditer par les temps qui courent!

Ce site est construit à travers des articles (ou chapitres), en apparence indépendants, mais liés dans l’esprit, afin de permettre au lecteur de visiter le(s) aspect(s) qui l’intéresse(nt). J’y ai glissé des récits et réflexions, captés ou mûris au fil du temps, bien sûr. Un autre regard sur le désert y est exposé, avec un hymne au mode de vie nomade et un clin d’œil à ce grand oublié des conflits qui déchirent la région: l’environnement! L’histoire du Sahara, chapitre sensible si l’on est, sera plus consacrée à l’histoire des hommes que des pays, n’en déplaisent à ceux qui veulent la ramener à une vision binaire et réduite.

M’intéressant plus à l’environnement et à la nature, patrimoine commun, qu’à qui il peut appartenir, j’ai opté pour un regard dépolitisé. Vaste débat ! La politique m’a rattrapé, toutefois, dans certaines réflexions, sur les dernières élections municipales au Maroc par exemple ainsi que sur les problèmes de la mauvaise gouvernance, mais à travers des faits emblématiques (Le combat du Dr. Labbas SBAI ou encore M’hamid : chantier de la mauvaise gouvernance). Bonne lecture

Ces articles, dont certains à peine entamés, sont en cours d’alimentation dans le même esprit et avec la même exigence: la Vérité

Mohamed Ali, fils de Mohamed Cheikh SBAI

Articles:

Etoile filante & Destins croisés

Mohamed Cheikh: dernier lion du désert

Le désert: l’autre regard

Le combat du Dr. Labbas SBAI pour un tourisme responsible

M’hamid ElGhozlane: chantier de la mauvaise gouvernance

Réflexions de New York: août-septembre 2015

Récits de voyages

Poésie du désert

L’histoire du Sahara

Chapitre 1: Résistance à toutes les dérives

Mohamed Cheick SBAI fut l’un des premiers à organiser la résistance contre l’occupant français au sud, et à la coordonner avec le réseau de la résistance nationale. Ses amis de la résistance s’appelaient Cheikh El Arab, Fqih Basri,  Said Bounailat, et Ben Barka bien sûr, entre auItres

Il fut également à la tête de la délégation sahraouie qui a accueilli Mohamed V lors de sa fameuse visite à M’hamid ElGhozlane, le 25 février 1958

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المقاوم محمد الشيخ السباعي يقابل جلالة الملك محمد الخامس

أثناء زيارته التاريخية للمحاميد الغزلان 25 فبراير1958

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Le grand résistant Mohamed Cheikh SBAI avec Mohamed V à M’hamid, 25 février 1958, lui présentant les doléances des populations sahariennes

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Le fameux discours de Mohamed V à M’hamid El Ghozlane, le 25 février 1958

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Pièce de base du dossier marocain sur le Sahara

1962: Le clash avec Hassan II.

Mohamed Cheikh SBAI s’engage résolument avec Mehdi BEN BARKA, depuis 1959 à travers l’UNFP, symbolisant désormais l’espoir pour le peuple marocain. Cet espoir fut assassiné le 29 octobre 1965 à Paris. C’est la rupture définitive!

Le journal “AL Tahrir le 30 mai 1962

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إن الانتصار سيكون ولا بد حليف الشعب من أقصى الوطن إلى أدناه، مهما تفنن أعداؤه في الكذب والشعودة والديماغوجية
و إن أبناء الصحراء كبيرهم وصغيرهم لمستعدون للكفاح بجانب جميع طبقات الشعب المغربي في سبيل الديمقراطية والعدالة والمساواة وضد الرجعية والتخلف

من خطاب السيد بن الشيخ من المحاميد الغزلان، في مؤتمر الاتحاد الوطني للقوات الشعبية، مايو 1962

« La victoire sera inéluctable et l’alliée du peuple dans tout le pays, en dépit des prouesses de ses ennemis dans le mensonge, la comédie et la démagogie.
Les fils du Sahara, grands et petits, sont prêts pour la lutte aux côtés de toutes les couches sociales du peuple marocain pour la démocratie, la justice et l’égalité et contre les réactionnaires et le sous-développement »

Discours du grand résistant et membre de l’UNFP, Mohamed Cheikh SBAI, dit Ben Cheikh, publié au journal Al Tahrir le 30 mai 1962

En 1962, il a participé au 2e congrès de l’UNFP, à Casablanca, consacrant la rupture définitive entre BEN BARKA et HASSAN II et ouvrant un des chapitres les plus noirs du règne de Hassan II, les années de plomb de 1962 à 1972, offrant le Maroc au Général Oufkir. Mohamed Cheikh SBAI sera arrêté plusieurs fois durant ces années noires, frôlant la peine capitale à deux reprises : en octobre 1963, lors de la guerre des sables entre l’Algérie et le Maroc et en 1969 dans une purge nationale touchant les derniers fidèles de Mehdi BEN BARKA, éliminé en 1965. Dans les différents interrogatoires, les commissaires lui sortaient de leur tiroir son discours au 2e Congrès de l’UNFP, devant BEN BARKA et ses amis. Un BEN BARKA, félicitant le camarade Mohamed Cheikh, dit Ben Cheikh, aux propos révolutionnaires, qui seront publiés au journal Tahrir, du 30 mai 1962.

1965-1975: Purge des amis de BEN BARKA.

Mohamed Cheikh a été arrêté, en 1970 à M’hamid, pour la troisième fois  sur ordre d’Oufkir, avec un simple mot d’ordre: Ne me parlez plus de ce « chameau de M’hamid ». Lisez: liquidez-le! Les deux précédentes l’ont été en octobre de 1963, lors de la guerre des sables et en 1965, suite aux purges qu’a connues le Maroc après la disparution de Mehdi Ben Barka. 

Le Colonel H’da, gouverneur de Ouarzazate a transmis l’ordre, sans appel, au cynique Caïd EL Belghaïti à Tagounite… Les Mokhazni, en pleurs, n’ont pas pu dégainé et ont laché le lion du désert, en pleine Hamada espèrant qu’il meure de soif. Sa résistance, hors norme, sa connaissance du désert et surtout sa foi lui ont permis de rejoindre M’hamid en quelques heures… Le compagnon de Mohamed V traqué par Hassan II. Quel symbole! 

Sentant le danger il m’a chargé d’informer ses rares amis à Zagora et à Rabat afin qu’ils veillent sur sa famille et ses proches, car la main sanguine d’Oufkir pouvait sévir à tout moment. 

Gamin, j’ai effectué ce voyage inoubliable, en CTM, où je récitais à chaque virage le discours que je devais décliner à Zagora à son ami député, ayant tourné dignement sa veste, c’est à dire sans trahir ses amis, comme Mohamed Cheikh et surtout un cousin du roi, à Rabat. Leurs réactions en disent long sur ces années de plomb qu’a subi le royaume:

« Ô, mon fils, je n’y peux rien pour sauver ton père, que Dieu guide sur le bon chemin: Oufkir est maître de Rabat, le Colonel H’da est maître incontesté de Ouarzazate et le Super-Caïd Kifana fait ce qu’il veut à Zagora… Le défi de ton père au pouvoir est un pur suicide… Ils ont même éliminé Ben Barka, malgré une protection internationale… ». Le propos du très fin Naciri Abdeslam, dit Salamou Ali, résumait assez bien les années de plomb, ou années Oufkir, qui se sont abattues sur le Maroc, plus d’une décennie durant, de 1961 à 1972, année de l’échec miraculeux de la tentative de putsch d’Oufkir contre Hassan II. C’était le 16 août 1972. A Rabat, reçu en 1972, par Moulay Hachem, directeur du Bureau d’Enquête et Initiatives au Palais, pour recevoir les doléances de la population, ne m’a pas tenu un propos plus rassurant : «Dits à ton père de faire profil bas, en ce moment, c’est Oufkir qui décide de tout au Royaume, et il l’a en point de mire. S’il décide un jour de l’écraser contre un mur, on y peut rien nous ici! Transmets-lui mes chaleureuses salutations».

Dlimi a poursuivi la répression d’une manière plus violente jusqu’à ce qu’il soit attrapé par le sort d’Oufkir, avec en prime une torture humiliante au palais de Marrakech avant qu’il soit exécuté en 1983. 

La morale: on subit ce qu’on a fait subir aux autres.

Début du règne de Mohamed VI: Espoir et réconciliation…

Le vieux lion a refusé de présenter un dossier à la Commission Equité et Réconciliation. Une initiative, aussi louable que creuse, afin de solder les années de plomb, à bon compte. Mohamed Cheikh estimait que son (ses) combat(s) répondai(en)t à une éthique et un principe: servir et non se servir! 

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Recevant Mohamed VI à Zagora, octobre 2001, il lui chuchota à l’oreille:

« Vous êtes le bienvenu dans la terre qui a été foulée par vos ancêtres,…, et n’oubliez pas de prendre la main du pauvre !»

  « مرحبا بجلالتكم في الأرض التي وطوا فيها أسلافكم …     ولاتنسوا أن تاخذو ا بيد الظعيف»

Il a décliné toute aide ou privilège aux émissaires du roi venus s’enquérir auprès de lui après la visite royale… Tout un symbole!

Ceci pour quelques faits marquants de l’histoire de Mohamed Cheikh SBAI

 

 

 

M’hamid El Ghizlane: chantier de la mauvaise gouvernance

M’hamid El Ghizlane: chantier de la mauvaise gouvernance

M’hamid, porte du désert, croisement des ethnies et des caravanes, le Drâa s’y évanouit dans un lit de sable, avant de verser dans l’océan, en cas de grandes crues. M’hamid El Ghizlane, jadis réserve naturelle de plusieurs espèces dont les gazelles, les autruches, les flamands roses, etc. autour du lac d’Iriqui, est délivrée maintenant au saccage quotidien des Quads et rallyes… aux trafiquants, en tout genre, et plus grave à une gestion quasi mafieuse de ses ressources et des aides de l’Etat pour plus de 200 familles pauvres sur 300.

Suite à plusieurs doléances de sa population et sa jeunesse marginalisée, des dossiers ont été transmis aux responsables à Rabat afin de sévir… En vain !

Une seule famille, celle du puissant et inamovible directeur de cabinet de tous les gouverneurs depuis près de 20 ans, détient tout, gère tout, transforme les projets INDH en projets familiaux où père et fils partagent le gâteau. Apparemment, les réformes voulues par Rabat ne peuvent pas traverser le col d’Aït Saoun vers le sud… Les codes changent et se simplifient : toute contestation de l’emprise de cette famille est synonyme de séparatisme. Les gouverneurs, notamment l’actuel, y trouvent leurs comptes. Simple, le directeur de cabinet détient les ficelles et les artifices pour détourner les biens publics. Ça peut servir ! L’actuel gouverneur a trouvé une autre astuce : à chaque pic de contestation, il tombe dans le coma et on le transporte illico, en hélicoptère, à Marrakech pour soins urgents et intensifs, le temps d’oublier les scandales… Les doléances de la population se transforment alors en larmes de crocodile et en prières pour un grand serviteur de l’Etat. Le dernier coma (diplomatique) a eu lieu suite

Maati Monjib: un Sakharov marocain

Maati Monjib: un Sakharov marocain!

L’historien et le militant des droits de l’Homme, Maati Monjib, est en grève de la fin depuis le 7 octobre, après le refus des autorités de l’empêcher de quitter le territoire, à deux reprises : pour Barcelone au mois de septembre et pour la Norvège en octobre. L’académicien marocain est habitué, en effet, à participer à des forums internationaux, depuis des années. Sa qualité de président national de l’ONG Freedom Now et ses initiatives pour encourager le journalisme d’investigation au royaume, en font une cible prioritaire des autorités et surtout du cabinet de l’ombre qui décide à faire taire toute voix critique au Maroc. On assiste au même scénario déjà utilisé pour neutraliser d’autres cas emblématiques, comme Ali Anouzla suite à sa couverture courageuse, dans www.lakome.com,  juillet – août 2013, de la grâce royale, et non moins honteuse, du pédophile espagnol, Daniel Galvin, auteur de viol et maltraitance sur 11 enfants marocains, âgés de 2 à 15 ans (lire : http://www.courrierinternational.com/article/2013/09/23/ali-anouzla-un-journaliste-trop-libre-toujours-en-prison). L’autre cas plus récent est celui du journaliste satirique Ali Lmrabet empêché d’avoir une attestation de résidence dans sa ville natale, Tétouan.  Les autorités craignant qu’il reprenne du service, après dix ans d’interdiction d’exercer le journalisme au Maroc (2005-2015), ont argué qu’il ne résidait pas à Tétouan. Tout simplement. Après près de 2 mois de grève de la faim devant le conseil des droits de l’homme à l’ONU à Genève, juin-juillet 2015, et une mobilisation internationale, Ali Lmrabet a été enfin autorisé à retirer son passeport au consulat de Barcelone. Quant à ce qu’il reprenne son activité au Maroc, il y a à parier que d’autres obstacles, mêlant procédures administratives et méthodes vicieuses, surgiront sur son chemin. Si pour ces plumes courageuses, informer leurs concitoyens et le monde entier n’a pas de prix, pour les conseillers de l’ombre, au bras long, tous les moyens sont bons pour les en empêcher. Telle est l’équation posée actuellement au Maroc dont le cas de Maati Monjib représente le paroxysme. Ici on assiste tout simplement à empêcher un académicien, reconnu et apprécié à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc à exercer ses activités scientifiques dans des forums internationaux. Cette méthode nous rappelle celle utilisée, dans les années 70, par l’ex-Union Soviétique pour empêcher l’académicien Andrei Sakharov de participer, en tant que physicien, dans des forums scientifiques organisés par ses pairs occidentaux. Ces méthodes n’ont pas empêché Andrei Sakharov d’obtenir le Nobel de la paix en 1975, ni l’URSS de s’effondrer 16 ans plus tard. A méditer !

L’argument avancé par les autorités parle d’irrégularités financières dans la gestion du centre Ibn Rochd géré par l’académicien, à travers une SA et donc soumise à l’audit administratif de l’Etat, selon le mandat du procureur. La presse officielle a sauté sur l’occasion et a balancé, de concert : des millions dilapidés, gestion familiale, non-respect des salariés, aide douteuse de l’étranger avec tout ce que ça comporte comme suspicion sur la sécurité de l’Etat, etc… Il faut se pincer le nez si on lit les différends réquisitoires déclinés par certains éditoriaux officiels dans le lynchage de l’académicien. Ceci nous rappelle qu’il y a du chemin à faire au Maroc, quant à la liberté d’expression. C’est Dreyfus sans de francs « J’accuse », du moins dans la presse marocaine. Heureusement que son comité de soutien et une mobilisation nationale et internationale ont fini par relever la tête car, in fine, son combat est le nôtre, tous, sans exception. Les marocains ont besoin, et sont fiers, de leurs académiciens qui brillent, des militants des droits de l’Homme et des journalistes qui rappellent à l’Etat ses obligations à respecter le droit d’expression et le droit d’informer, avec une seule exigence : la Vérité.  A noter que six personnalités politiques, de premier plan, ont condamné ce procédé et appelé à la libre circulation de l’académicien. Il s’agit d’Abderrahmane Youssoufi, compagnon de Mehdi Ben Barka et premier premier ministre de l’alternance sous Hassan II, de M’Mamed Boucetta, ex-secrétaire général du parti de l’Istiqlal, du dirigeant PJD, ancien ministre des affaires étrangères, Saadedine El Othmani, Ismail Alaoui, président d’honneur du PPS, Ben Said Ait Idder, ancien résistant et Nabila Mounib, secrétaire générale du PSU. Saluons leur initiative.

Sous la pression internationale et une mobilisation nationale, sans relâche, les autorités viennent d’annoncer, ce jeudi 29 octobre, via une décision de la justice, la suspension de l’interdiction de quitter le territoire pour Maati Monjib. C’est une première victoire, mais la vigilance doit être de mise car l’académicien demande l’abandon de cette interdiction et l’arrêt de harcèlements qu’il subit, lui et ses proches, depuis plusieurs mois. En effet, depuis son implication dans l’ONG Freedom Now, en avril 2014. Il a annoncé, en accord avec ses médecins, la suspension de sa grève de la faim, mais qu’il est décidé à la reprendre jusqu’à ce que ses droits, de mouvement et d’expression notamment, soient intégralement reconnus et respectés.  A suivre​​

Ali SBAI

Le désert: l’autre regard

Le désert: un milieu de la vie

Voir l’article dans OURS Magazine: OURS_Issue_8_Natural_Solution_AS

Voir le document: Zaila_Assoctiation_en_projets_evaluation

Contrairement aux clichés répandus – et admis par la majorité des gens -, le désert est un espace plein de vie animale, végétale et partiellement humaine. Il impose à toutes ces espèces, pour survivre, une loi permanente et implacable: le moindre effort inutile. Autrement dit, une économie draconienne et permanente de l’utilisation de la principale source de la vie : l’eau ou le peu d’humidité dans l’air. Inspirons-nous des plantes et animaux du désert qui appliquent, à merveille, cette règle de la vie et interpellent, sans cesse, l’homme à son respect !

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Voir le document: ASSOCIATION_ZAILA_DEV_DURABLE

En compagnie de mon ami Hssaïn, nous passâmes, à Echentouf, quelque part entre Erg Es Sedra et Iriqui, ce 30 décembre, une nuit « Khlâa », c’est-à-dire, sans rien, ni nourriture ni couverture ! Le sable comme lit et le ciel étoilé comme toit. Quel privilège! Mais quel froid aussi.

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J’ai rarement autant admiré la grappe Toraya (Les Pleillades), poursuivie par El Mechbouh (Orient), jusqu’à l’aube. Il ne la rattrapera, parait-il, qu’à la fin du monde, selon un conte nomade! Rassurant, vu l’écart, quasi constant, sur des milliers d’années, entre les deux constellations !

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Durant cette longue nuit, la Voix lactée nous réchauffa les pupilles, en nous rappelant que notre belle planète n’est qu’un grain de poussière dans l’univers et que sa brève histoire, n’est qu’un instant dans l’absolu. La grande et la petite ourse jouant l’horloge autour de la polaire, fixe, indiquant invariablement le nord, au milieu de constellations évoluant harmonieusement dans un spectacle magique. Echentouf, un beau bouquet de dunes au milieu de la partie la plus vaste de la Hamada du Draa, juste avant de déboucher sur le lac desséché d’Iriqui. Echentouf, veut dire « Crinière », et désigne cet endroit du fait de la ressemblance, de loin, des branches de tamaris coiffant les dunes, avec une belle «crinière de cheval». Au nord, on aperçoit un océan de sable, aux belles vagues commençant aux dunes El Abeidlya et finissant à El Alem (la dune témoin !). El Hadj Ahmed, la dernière dune isolée avant la plaine d’Iriqui, et le tamaris Atlat Abaïnouche, au nom d’une héroïne nomade, paisiblement ensevelie au pied de cet arbre magique, ferment, à l’ouest, cet espace d’erg. Un poème à la mémoire d’Abaïnouche, fait encore couler des larmes aux rares nomades connaissant l’histoire et la géographie de cette région, s’intitulant : « ici a été enterrée la tendresse avec Abaïnouche ». Tout simplement ! A méditer quand on voit le saccage gratuit des rallyes dans cette région…

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A gauche, le lit du Draa, encore tissé par une forêt clairsemée de tamaris et d’Afersig, forme la frontière sud à cet espace aride où subsistent les plantes d’El Arad, l’inévitable El Aggaya, la plante lavande El Ghassal, El Yessrif, et autres Remth…

Les tamaris, avec les acacias, constituent les principaux points de repos pour les nomades, depuis la nuit des temps, et leur offrent d’utiles repères dans les grandes étendues du désert. La famille de cet arbre, très résistant à la sécheresse, grâce à de longues racines, est constituée de trois sortes que les nomades ne confondent jamais : Letl, l’arbre le plus volumineux aux troncs épais, une sorte de baobab, créant à lui tout seul un micro climat. Akawar, aux troncs moins épais et aux feuilles vert-sombre, au goût salé, très apprécié par les chameaux. Enfin, Afersig aux branches fines et régulières, dressées verticalement, pousse surtout aux abords des oueds. On trouve dans cette Hamada une bonne centaine de types d’arbres ou « Sdar », tels le tamaris, l’acacia, l’argousier et autres Awarache. « Sdar », désigne pour les nomades tout arbre pouvant survivre plusieurs années à la sécheresse. A contrario, »Rbia », c’est-à-dire l’herbe ou printemps, désigne les plantes « éphémères », qui poussent à la suite de rares pluies ou simplement par le phénomène de condensation du peu d’humidité collecté la nuit. Les plantes « Rbia » survivent rarement au printemps et se dessèchent vite durant l’implacable été du désert.

Lexique nomade des plantes et animaux du désert:

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Cette fois-ci j’étais gâté à plus d’un titre. Dix jours de marche, pardon, de bonheur !, à travers le plus beau désert du Maroc. C’est que tout le long de ce parcours, j’étais interpellé, sans cesse, par le sourire des plantes, après plusieurs années de sécheresse. Mais comment leurs graines survivent-elles après une si longue période d’incubation ? Mystère et magie de la vie.

En compagnie d’Addou, l’encyclopédie vivante du désert, j’ai plus appris – et rafraîchis ma mémoire -, en quelques jours, que ce que j’ai peiné à comprendre dans plusieurs références botaniques sur le désert. Etonnant ! Le désert est une bibliothèque ouverte, avec la contemplation et l’humilité comme principaux codes de lecture. Nul besoin de connaître l’origine latine ou grecque des noms de ces plantes pour en percer les mystères, et encore moins les vertus ! Au fil de la caravane, Addou me déclina, avec sa voix douce et son geste parcimonieux, l’identité de plusieurs plantes du désert, suivant trois critères : le nom, généralement assez descriptif, le goût, et surtout le lieu et l’utilité pour le bétail, camelin en particulier. Il faut rappeler que le chameau représente le principal vecteur de connaissance de la flore du désert. De sa réaction par rapport à telle ou telle plante, le nomade en déduit l’utilité, et parfois le remède médicinal. L’alchimie de ces plantes se retrouve d’ailleurs dans le lait de chamelle, magique nectar, dont seuls les nomades connaissent et exploitent les bienfaits. Je n’ai pas hésité à noter sur un petit calepin les précieuses informations, égrenées par Addou, sur cette flore que beaucoup ignorent mais, plus grave, que certains – de plus en plus – saccagent et détruisent impunément. Est venu maintenant le moment de partager cet autre regard – celui du nomade – sur la flore de la Hamada du Drâa, à travers quelques plantes qui nous ont émerveillés durant cette inoubliable caravane :

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Premier enseignement rappelé par Addou, base de connaissance de tout berger du désert, c’est l’influence du terrain sur les plantes. D’où leur classement par milieu, ce qui détermine également leur capacité à résister à la sécheresse. Ainsi celles qui poussent dans les oueds, proches d’une nappe phréatique sont grasses et paradoxalement moins résistantes à la sécheresse, car habituées à l’eau. Par contre, celles qui poussent dans le sable (Sdar Erramla : plantes du sable, telles Sbet, Legseiba, et autres Anchal) n’ont pas besoin de nappe phréatique, s’irriguant par l’humidité fixée par le sable la nuit. D’autres survivent, ou s’épanouissent même, dans la hamada caillouteuse ou collines rocailleuses (El Koudya), telles EL Homeidh. Les plantes championnes, mais rares, peuvent se trouver dans les trois milieux. Un autre milieu inhospitalier aux plantes est le reg, le terrain argileux et dur, sorte de lac desséché, au sol imperméable à l’humidité nécessaire aux plantes.

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Passons en revue, ces plantes caressées du regard, au fil de plusieurs caravanes :

  • 1. Al Harcha, « la rugueuse », résistante à la sécheresse. 2. Taynaset, « la douce », appréciée des chameaux. 3. M’ghaïzel, à cause de sa ressemblance au « M’ghaïzel : le bâton pour filer le poil ». 4. Nassoufa, « légèrement amère », plante miracle aux vertus médicinales étendues,. 5. Al Jamra, « Morceau de braise », piquante, utile au bétail durant les nuits froides. 6. El Guarça, « la pinceuse », très acide et vitaminée. 7. Sbet, plante multi-utile, ne poussant que dans le sable, nourrit et désaltère les chameaux, permet de fabriquer des cordes et entraves, et constitue un refuge pour beaucoup de lézards, reptiles, scarabées, etc. 8. Nsaïl, proche de Sbet, très résistante à la sécheresse. 9. Lehma, « Plante chauffante », source de chaleur pour les chameaux en hiver. 10. Jerjir, plante aux feuilles vertes et juteuses aux magnifiques fleurs roses- trèfles, reine de beauté des plantes du désert. 11. Segaat Lernab, “la mèche du lièvre », magnifique plante étoile, ressemblant à la mèche sur le front des lièvres de cette région. 12. Baslet Leghzal, « l’ognon de la gazelle » ; la gazelle, attirée par son odeur, peut avoir une autonomie d’eau durant tout un été, en rongeant parcimonieusement cet ognon enfoui dans le sable. 13. Al Homeidh, plante aux feuilles acides, pousse à El Koudya, à travers les fentes des rochers. Désaltérante et très vitaminée, elle est appréciée par les lézards fouette queue et les bergers en cas de disette ou de soif. Peut être fatale pour les moutons, mais sans risque pour les chèvres. 14. Legtaff, «les feuilles pistache», couleur et gout de pistache, très appréciée des bergers. 15. Al Harra, «la roucoula du désert», très épicée, divine salade pour les bergers. 16. Es-sâadane, douce et rare, appréciée des chameaux et des chèvres. 17. Bou Sraïsra, « guirlandes », avec une jolie percussion au contact des chèvres, fait partie de la famille amère des plantes ; 18. Al Yaamim, piquante et rare. 19. Lemkharsa, plante tressée, légèrement piquante. 20. Tafsa, aux fleurs jaunes et fluorescentes, légèrement piquante. 21. Tleïha, petit acacia. 22. Semna, grasse et douce, fleurs violettes. 23. Gueid Naam, «Les entraves de l’autruche», du fait que les autruches s’y encoublent! 24. Tabezwaguet, douce et désaltérante. 25. Lehbalia, «plante pelote», très rare. 26. El Aggaya, une plante abondante, très nocive pour les chameaux, aux grains verts juteux, en dépit de la sécheresse ; énigmatique quant à ses bienfaits pour le bétail. 27. El Ghassal, la plante lavande, au gout salé, efficace pour laver les mains et les habits. 28. Anesrif, plante de la famille El Ghassal, mais plus verte. 29. El Araad, très résistante à la sécheresse, abondante dans la plaine entre Sidi Naji et Zmaila. 30. Dhemran, plante avec les feuilles aux granulés verts. 31. El Guerzim, l’argousier aux fruits très vitaminés, comme des petites cerises rouges, appréciés par les loups du désert. 32. Legseiba, très toxique et fatale pour les chèvres, appréciée et sans danger pour les chameaux, pousse dans le sable à coté de Sbet. 33. Tourza, très toxique. 34. Lebteima, plante hallucinogène et dangereuse ; toujours verte et juteuse, fréquente au lit du Drâa. 35. Oum Elbaina, la plante au lait, très toxique. 36. Al Ammaya, «l’aveuglante», au lait très toxique peut entraîner la cécité au contact des yeux. 37. Oum Rokba, donnant Smar, de fines roseaux, pour fabriquer des nattes. 38. Awarache, plante belle et magique, au bois fin, résistante à la chaleur et à la sécheresse, donne des fleurs roses le printemps, même en l’absence de pluie; ses feuilles appréciées des chameaux peuvent servir également à tanner les outres !

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On peut allonger la liste à d’autres plantes qui font le bonheur des chameaux, des chèvres et d’autres animaux, après la pluie, telles Ramram, Remth, Rtem, Adrach, Negd, Talaboute, El Had, Tazia, et autres El Gahwane et Echgâa, Addamia, la sanguine, Al Gorte, sorte de luzerne ; Al Horf, la lettre (symble d’une lettre d’alphabet arabe)… Al Foula, Fougère du désert… Al Khafour (comme Addamya), Essâd (Plante bonheur ! Région de Zbar et El barga)… Aïcha Glia, ressemble aux cheveux de Aïcha bédouine anonyme… Al Yalma, la plante grise, AL Hanzab, sorte de navets sauvages… Laghbeira, petite poussière, plante poussiéreuse ne poussant qu’aux pieds des tamaris. Arramram, plante salée, toujours mouillée et humide, bon à manger Al Karkaz, cette plante engraisse les chameaux. Al Karkaz, dit la légende nomade, a juré de monter jusqu’à la bosse du chameaux et d’y rester. Ccontrairement au cliché admis par beaucoup que la bosse est une réserve d’eau, alors qu’elle est engraissée par ce que l’animal mange. Bouzghaiba, aux feuilles poilues, ressemble à AL Karkaz 

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La faune de la Hamada du Draa n’est plus chez elle… Les Quads chassent petit à petit les chameaux. Défoulement gratuit des rallyes et Quads dans ce beau désert. A peine le Dakar annulé, que d’autres événements tels le Rallye des Gazelles et autres marathons ont pris la relève, sous la couverture honteuse de venir en aide aux populations locales, pour saccager et détruire! 

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Quant à la faune, j’en ai profité pour mettre à jour quelques informations sur ce qu’il en reste. Cette faune a été quasiment décimée par la chasse impitoyable des princes du Golfe, prédateurs des temps modernes avec un équipement dévastateur et sophistiqué (fusils à lunettes, 4×4 puissantes, etc.). Les Espagnols et leurs 4×4, les nomades «Made in Taiwan» et leur Quads, sont en train de compléter ce sombre tableau : saccager la flore et faire fuir la faune de son dernier réduit ! Et ce, pour un plaisir «éphémère» et une incommensurable bêtise. Ci-après, les champions de la survie de cette faune, témoins innocents de «la sécheresse du coeur» de l’homme:

  1. Le fennec, le renard habile du désert, pratiquement disparu de la rive droite du Drâa.
  2. El Warn, le warrant du désert, le précieux ami et dauphin pour le nomade, qui le protège du danger venimeux des vipères, pratiquement disparu.
  1. Al Afâa, la vipère des sables, qui fait joujou la nuit avec les gerboises et souris mais n’attaque jamais l’homme.
  2. Le loup du Drâa, une espèce bien organisée mais de plus en plus rare.
  3. Le lièvre du désert, espèce assez abondante autour des tamaris.
  4. La gerboise, couleur sable, sautillant sur ses longues pattes-ressort.
  5. Zellem : petit lézard, très rapide, appelé l’éclair, assez abondant, couleur sable, se nourrit d’insectes et se cache dans des trous autour des buissons (5-10 cm). 
  6. Cherchmall, Sinc ou poisson des sables (lézard, 8-15 cm), forme de poisson – plus les pates -, s’enfonce rapidement dans le sable en cas de danger ; peau à écailles lisses, peut se déplacer plusieurs mètres sous le sable et semer ses poursuivants ; couleur sable, avec des taches, en hublots, sur les cotés. 
  7. Boubreis, une sorte de petit Iguane, vivant dans le milieu caillouteux ; très rapide et difficile à attraper ; couleur rose tachetée. (10-15 cm). 
  8. ElArrem, ce lézard est le roi du camouflage ; joue le mort et reste figé et parfaitement immobile ; sa tête ressemble à un caillou ; peut mordre mais n’est pas venimeux. 

Enfin ne cherchez plus dans ce tableau les gazelles, les outardes, les perdrix et une multitude d’oiseaux, décimés depuis plusieurs années.

 

 

Récits & Réflexions

Récits & Réflexions

« Vous pensez faire un voyage, mais c’est le voyage qui vous fait… » Nicolas Bouvier

Le temps :

Le temps, le souverain de toute évolution, l’embellisseur des rides, le ravageur de la jeunesse, le polisseur des roches… Le temps qui cicatrise les blessures et atténue les passions. C’est l’allié, même tardif, de la vérité. Celui qui ramène les choses à une harmonie sans cesse harcelée.

Le temps qui, sans l’action, mène à l’ennui et sans la constance des principes mène, inéluctablement, au pourrissement et à la dégénérescence.

Mais attention si on s’appuie trop sur les principes, ils cèdent!  L’équilibre étant dans le mouvement…

Le temps sans la « maîtrise » des trajectoires, donc de l’espace et du destin, est synonyme d’aléatoire avec, au bout, des issues incertaines et certainement fatales. Mais l’homme que maîtrise-t-il en fin de compte ? Rien, ou peu de choses !

  • Avoir le luxe c’est bien, ne pas en être dépendant c’est mieux!” AS

         Nomade je suis resté. Je suis simplement un homme du désert. J’y suis né, sous une tente, j’y ai grandi, gardé les chèvres et appris une chose essentielle: le désert n’appartient à personne et appartient à tout le monde. Comme la mer ou la montagne, il peut être cruel pour ceux qui ne le respectent pas. Et le respect de ce désert m’a inculqué le respect des autres. C’est dans ce respect de la nature que peuvent s’épanouir finalement les relations et les réflexions. J’ai appris aussi, à travers mes études en physique, que le connu est fini et l’inconnu est infini et qu’en fin de compte la science ne peut prétendre, au mieux, qu’observer les phénomènes et les décrire partiellement, mais jamais les expliquer. Ce qui rassure plus d’une conscience.

 Le temps de nouveau semble s’arrêter pour immortaliser ce que la mémoire daigne offrir au stylo. Ce calme enfin, cette sérénité, cette conscience de l’éphémère et ce retour à l’essentiel sont seuls capables de violer, parfois, les secrets de la mémoire. Une mémoire d’où jaillissent des images si lointaines, parfois si irréelles et qui me poussent à me poser la question: Ai-je traversé tout ça? Quel abîme? Quel abîme entre ce désert indescriptible de la Hamada du Drâa où j’ai gardé, il y a plus de 30 ans, fièrement les chèvres, marché des kilomètres pour aller à l’école à M’hamid, dormi sous la tente, joué, pieds nus, sur le sable chaud, …,  et ce bureau du 10ème étage de la tour UIT (Union Internationale des Télécommunications) à Genève où me revient à l’esprit cette belle réflexion de Malraux: “Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie!”. J’ajouterai qu’une vie c’est d’abord des rencontres; rencontres avec des événements et des espaces, avec des êtres sublimes et d’autres qui le sont moins. Le tout régi par le hasard guidé, certainement, par une nécessité! Au bout de toute aventure, toute évasion, c’est le temps des réflexions qui aboutissent finalement toutes à l’évidence que pas plus un être humain qu’une particule élémentaire de la matière n’est maître de son destin. Quel aveu!  L’homme équivalent à une particule sans mémoire, subissant les assauts du hasard et des rencontres. “Après tout ça il y a la mort”, disait, à juste titre, un vieux proverbe nomade nous incitant à vivre plus sereinement notre petite vie, ce merveilleux instant dans l’éternité…

            Je pense à mes amis d’enfance, Yahya, El Wali, Mansour, Mneicir, Brahim Ould Ahmed Baba, Mohammed Ould El Mustapha, El Mahjoub Ould M’barek, et d’autres, à mon frère Abbas bien sûr… Et l’école primaire à M’hamid: ces moments volés à la compagnie des chèvres avec lesquelles j’ai appris l’essentiel durant ces belles années. Les chèvres étant très mobiles et indisciplinées, j’ai appris avec elles la liberté et l’indiscipline.

            Je pense à ces êtres que j’ai plus que croisés et qui ont disparu depuis. Moulay Lekbir, ce visage sublime dégageant la noblesse même, père de l’ingénieux système de distribution des colis et du courrier entre les habitants du Drâa et leur proches à Casablanca, et qui a basculé avec son camion dans un ravin de l’éternel Atlas en 1976. Son système naturellement ne lui a pas survécu. Mokhtar Ould Abderrahmane, rappelé, en pleine gloire, par le destin dans un autre ravin de l’inhospitalier Atlas un certain mois de septembre 1972. Mon cousin Mohammed Larbi, ce grand gaillard à la barbe noire et l’éternel sourire, que la galanterie et la générosité ont poussé, un jour d’automne 1964, jusqu’à grimper un lisse palmier Jâafri pour arracher quelques palmes sèches au sommet pour les offrir à une jeune bédouine, Faitem, en court de feu pour cuir son pain. Sous son regard, le merveilleux corps bascule et s’écrase sur le sol argileux et sec. Il a continué à sourire quelques heures avant de s’éteindre, au milieu des cris stridents des femmes qui pleurèrent la disparition d’un ange. Pour consoler sa sœur Tamouna, effondrée, Il a même réussi à prononcer la célèbre phrase de son père Sidi Mohammed, assassiné 35 ans plutôt: “Que la vie soit courte si elle a été belle!”. Tamouna, quel destin! Quelle femme au prénom unique, a continué à vivre, avec détachement, en perpétuant dans la dignité le souvenir de ces deux hommes exceptionnels, son père, le seigneur du désert, et son frère l’ange de M’hamid, l’ami de tout le monde: nomades, berbères, Drawa et juifs du Ksar M’hamid où il passait le plus de son temps. Khalti Fatma et Ma Lalla les saintes, détentrices de tout ce qu’il y a de beau, de pur et de simple dans cette civilisation du sud du Sud du Maroc ignorée mais encore subsistante. Jusqu’à quand?

            Cette lumière jaillissant régulièrement des ténèbres de ma mémoire d’enfant, 3 ans à peine, avec ma mère – que Dieu bénisse son âme – me donnant une seconde fois la vie après une piqûre de scorpion. Cet amour maternel, avec l’aide du Tout Puissant, a eu le dernier mot me permettant, depuis, de supporter ou d’éviter d’autres piqûres, de découvrir tant de choses, d’apprécier la vie avec un sentiment de détachement en me disant que, de toute façon, depuis ce jour tout ce qui m’advient est un plus inespéré, y compris ces lignes. Quelques mois après cette deuxième naissance, disparût subitement Lehjeila, ma mère, à l’âge de 34 ans. Que d’énigmes alimentées de légendes à ton égard, ma petite perdrix, Lehjeila. Plus de 30 ans après ta mort, le souvenir de la brève existence d’une femme lumière, inclassable, a marqué toute une région s’étalant du nord de la Mauritanie au sud du Maroc dans la Hamada du Drâa. Encore aujourd’hui, les récits de vieux nomades, entre deux verres de thé à l’ombre d’un acacia restituent certains détails sublimes de la vie de cette jeune bédouine, née quelque part au sud de l’Oued Drâa à la fin des années 20, qui a vécue son enfance dans la région de Smara, fief des grandes familles nomades de la tribu des R’guibat, et acquis le savoir, jusque là réservé aux hommes, dans le sillage des grands savants de cette époque tels Sidi Mohamed Et Konti, Sid Ahmed Elbakkai, Cheikh Malâanaine, …  Ces savants animaient les fameuses universités nomades, pôle de savoir et de connaissances dans tout le Sahara. En tolérant la présence de la “petite perdrix aux grands yeux” dans les rangs de leurs disciples mâles, ils ont permis, sans le vouloir, l’irruption de cette jeune femme dans leur cercle très fermé. Après avoir maîtrisé les connaissances de base de l’enseignement coranique dispensées à tous les enfants nomades, filles et garçons entre 5 et 10 ans, Lehjeila, avec l’aval et la complicité de son père Cheikh Hammadi Ouled Addou, a continué à étendre son savoir à d’autres disciplines telles la poésie arabe et la médecine. A l’âge de 16 ans environ, la “Petite Perdrix” s’est détachée de ses camarades mâles dans la maîtrise du savoir religieux “AL Fiqh” et a reçu des Ulemas de Smara l’autorisation d’enseigner le Coran au petits et de l’expliquer aux grands. C’est sa première victoire. Quand Sidi Mohamed El Konti s’adressa à elle: “Lehjeila, cette région est trop étroite pour le savoir que tu as acquis. Vas le diffuser ailleurs”, il ne mesura pas l’impact de ce phénomène sur la Hamada du Drâa et la paisible palmeraie de M’hamid durant, hélas, une brève existence… On l’appelait aussi “Chaïra”, la poétesse, à cause de sa capacité à répondre spontanément en poèmes. Sa connaissance de la médecine arabe, grâce à un effort personnel de lecture et de recherche sur les plantes du désert, lui ont permis de soigner beaucoup de gens et même de pratiquer des opérations chirurgicales, sans anesthésie bien sûr, sur les yeux. C’est une tâche difficile de parler de celle qui fût à la fois Fqiha, Chaïra et Tabiba. En cette fin d’année 1959, jamais M’hamid n’avait vu autant de monde, venant de tout le sud du Drâa, converger vers le mausolée de Sidi Khalil, pour accompagner celle qui a fondé la première école coranique à M’hamid, surclassé les hommes et illuminé, par son savoir et sa beauté, toute une région.  Elle est partie mais elle est partout.  A son propos, le téologue Si Ahmed El Asmi résumait son impression, les larmes aux yeux : Ta maman est un signe des signes de Dieu, Ayatoun Min Ayati Allahi.

            Et que dire de mon père au visage sublime, au regard perçant et sain, à la réplique incisive et toujours bien placée … Mohamed Cheïkh fait partie de cette race de seigneurs du désert en voie de disparition. Il faut ouvrir un autre chapitre pour lui rendre hommage.

“Saisir ces instants que vous offre la vie, c’est tout ce qui vous appartient !” AS 20.11.99

            Quelle harmonie, quelle paix et quel bonheur quand on règle sa verticalité, c’est-à-dire ses rapports avec Dieu, le Créateur. Nos rapports horizontaux avec nos semblables se règlent alors d’eux même, les conflits et les agitations s’atténuent dans un ordre immuable. Pourquoi l’homme, finalement, se donne une si grande importance sur cette terre, alors qu’il maîtrise, en réalité, peu de choses ?

  De ma fenêtre du 10ième étage de la tour UIT, en ce mois de novembre, j’aperçois la place des Nations bien sûr avec le massif palais des Nations (ONU), devant lequel est dressée une immense chaise handicapée d’un pied, symbole de la lutte contre les mines anti-personnelles. A ma gauche, le bâtiment bleu ciel de l’OMPI, fierté architecturale de Genève, cache à peine l’hôtel Intercontinental. En face, le lac Leman, aujourd’hui verdâtre et légèrement agité, coupant harmonieusement les couleurs automnales,  jaunes – pâles, des deux rives suisses et françaises. Deux drapeaux s’agitent sur le nouveau bâtiment de l’OMM, en forme elliptique, alors que le bâtiment de Monbrillant, fraîchement inauguré, coupe cette belle harmonie des formes et des couleurs. Quel gâchis! Pendant que mon regard caresse les vagues discrètes du Leman, ma pensée parcourt un autre chemin, celui de la mémoire, une mémoire d’où jaillissent des images, des visages sublimes, des sons, des parfums, …, et surtout cette intemporalité du désert. Oui le désert qui m’a transmis ce que je ne peux pas décrire, ce que je suis peut être, en tout cas ce qui m’aide à saisir l’éphémère pour se projeter dans l’éternel. Tel ce vent de sable effaçant nos traces et gravant l’image du désert dans nos mémoires. Ceux qui y ont passé plus de deux nuits, marché au rythme harmonieux du chameau, écouté le sifflement magique du tamaris entre deux verres de thé, saisiront bien le sens de ces mots.

  Frankfurt le 5 janvier 2001 à 21 h 40 dans l’avion de la Lufthansa:

 Quel bonheur, quelle paix et quelle sérénité de nouveau, permettant à la mémoire de jaillir et à l’esprit d’exprimer tant d’émotions plus ou moins contenues jusqu’à maintenant…

 Je profite de cette halte de quelques heures, à Frankfurt, venant de Casa et allant à Genève, pour immortaliser des sentiments qui me parcourent l’esprit depuis plusieurs semaines. S’y croisent des réflexions sur la vie, bien sûr, mais aussi des souvenirs précis jaillissant de ma mémoire, avec en filigrane cette recherche, toujours dérisoire, de faire un bilan ou fixer des repères, par ailleurs virtuels, donnant un sens à une vie dont l’essentiel nous échappe, et pour cause. C’est dire la difficulté de la tâche, quand bien même le détachement qui semble me gagner parfois donne plus de clarté à mes idées et peut être plus d’objectivité. Peu importe, il me semble que c’est le moment à se prêter à cette confrontation sans détour, ni crainte de confusion et encore moins de dépendance culturelle au sens étroit du terme. Encore une fois c’est dans le désert que mon esprit puise une inspiration qui le fait tendre vers cette universalité, si peu évidente ailleurs, où l’homme est dénudé face à lui-même, face à cet environnement à la fois hostile et accueillant – puisqu’il nous ôte le luxe de compliquer ou de tricher – et face à l’univers, sans prétention cosmique bien sûr. J’ai l’impression que mon corps se transforme en chameau pendant la marche, alors que mon esprit est traversé par des images sublimes en connexion avec des êtres qui l’ont traversé avant moi, en chansonnant souvent: « La Ilaha Illa Allah », « Il n’y a de Dieu que Dieu », confinant l’homme dans son passage éphémère sur cette terre et le rapprochant du Créateur, l’Eternel. « Le désert nous marque, mais nous ne le marquons pas », résumais-je ma pensée, à l’ombre d’un tamaris et en prenant un délicieux thé nomade, allusion à nos traces qui s’effaceront aussitôt le premier vent venu alors que quelque chose d’indescriptible marque celui qui a posé son regard sur ce désert.

  Non je ne cherche pas à parler de l’exotisme du désert, ni d’ailleurs à le décrire, et encore moins à attirer des gens en mal de sensationnel vers des espaces sublimes que je souhaite qu’ils soient à l’abri du tourisme ravageur. Non ma démarche est ailleurs, c’est ce bonheur indescriptible, à me projeter dans une intemporalité en compagnie d’êtres sublimes qui sont l’émanation de ce mode de vie nomade, en voie de disparition. Je pense, bien sûr, à Lehjeila Ment Hammadi Ould Addou, à Aicha Ment El Wali, à Hammadi Ould Addou, Hmaidana, Ba Alla, et d’autres que ce sable a ensevelis paisiblement il y a plusieurs années et qui ont rejoint leur Créateur en nous laissant des souvenirs et des récits lumineux sur l’éphémère éternel…

  •   GENEVE LE 28 MARS 2000, 15H45

Ma pensée va en ce moment à l’Irak sublime. Le livre de Jean-Marie Benjamin, “L’Irak, l’Apocalypse”, que je suis en train de lire m’a bouleversé. On y apprend comment on a organisé le plus lâche des génocides de l’humanité. Comment, en effet, que sous prétexte du droit international on a arrosé ce pays par des milliers de tonnes d’Uranium appauvri – l’équivalent, selon les experts, de 6 bombes d’Hiroshima – durant la guerre du Golfe bien sûr, mais plus grave, cette opération de destruction se poursuit, impunément aujourd’hui encore. Quel pays martyr cet Irak. Mais cet Irak est indomptable quoique complotent ses ennemis. Ce pays a offert à la civilisation humaine trois piliers: l’agriculture, l’écriture et le droit ont tous été inventés par l’homos mésopotamien. Pays sublime, pays maudit. Quelle tristesse de voir les irakiens privés, depuis bientôt plus de dix ans, des conditions minimales pour qu’une société puisse fonctionner. Le système sanitaire, qui était un des plus développés du moyen orient, s’est effondré engendrant un des taux les plus élevés de la mortalité enfantine sur la planète. Les hôpitaux irakiens, fleurons du développement civil de l’Irak dans les années 80, ce sont transformés en de véritables mouroirs, avec un décor sinistre, une odeur suffocante, sans aucun confort où les femmes irakiennes, très dignes, accompagnent leurs enfants vers leur dernier soupir. Souvent sans larmes, sans cris, sans lamentations, avec ce regard accusateur vers une communauté internationale complice par son silence et sa lâcheté. Quel sacrilège de voir en effet le pays qui offert à la civilisation humaine, à son aube, sous Hammou Rabi, le premier traité  de droit régissant une société humaine, se voir dicter l’arbitraire des résolutions d’un conseil de sécurité complètement manipulé par l’unique super-puissance pour perpétuer le plus lâche des crimes: détruire, sous l’embargo, tout un pays.

  • TVG LAUSANNE – PARIS : 27.8.2000 à 19h20: 

Je quitte Lausanne pour Paris à bord de ce TGV au nom romantique, ligne de cœur. Je pars en mission à Paris pour quelques jours, pour un forum SAP, ma spécialité à l’UIT à Genève. Les voyages en train me procurent toujours un sentiment de paix, à peine perturbé par les quelques bousculades des voyageurs. Qui cherche sa place, qui essaie de mettre sa valise dans un coin ou encore qui continue à souffler après le sprint des dernières minutes. De ma fenêtre j’admire le soleil couchant du mois d’août, rasant le Jura et projetant sur la belle campagne vaudoise une lumière jaune dorée. La vitesse régulière du TGV stimule étrangement un voyage virtuel à travers ma mémoire et fait jaillir des moments sublimes, des visages, des paysages, des rencontres et des réflexions. Le tout baignant dans une sérénité et un détachement indescriptibles. Il est 19h 50, on s’apprête à passer la frontière Suisse-France à Vallorbe. 20h 15, arrêt à Frasne, une bourgade d’une tristesse inouïe, les trois minutes d’arrêt m’ont paru longues. Peu importe, l’hôtesse vient d’annoncer que le TGV quitte Frasne et que le bar du TGV est enfin ouvert. Ce bar où on sert des sandwichs, sans saveur ni goût, qui plus est, à des prix très chers. A peine ce bar ouvert, que les masos se bousculent dans une queue compacte et très polie par ailleurs. Il va de soi que j’ai préféré rester assis confortablement sur mon fauteuil et continuer mon voyage virtuel … Me revient d’abord ce séjour d’une semaine à Chypre où j’ai découvert pour la première fois cette île au passé très riche, au présent douloureux, suite à la déchirure de 1974, et au futur incertain comme l’est celui du proche orient voisin.  Comme dans tous mes voyages je garde dans ma mémoire surtout la gentillesse, le sourire des gens, ponctués par une fierté discrète rappelant l’indépendance de l’île par rapport à ses voisins. 20h 45, arrêt à Mouchard, drôle de nom(!) quand même, que s’est donné cette bourgade. Soit. Depuis Mouchard, notre TVG ligne de cœur me semble rouler, comme son nom l’indique, enfin à vive allure. Dole, Dijon qui me rappelle toujours la sauce moutarde. 23h 20, arrivée à Paris Gare de Lyon. Nuit à l’hôtel Paris-Lyon-Bastille,  rue Parrot.  Mon séjour est prévu ici pour 5 nuits. J’aime ce quartier Lyon-Bastille connu pour ses bons restaurants et un accès direct aux autres coins de Paris et Banlieue. 8h 30, petit déjeuner à l’hôtel et départ, via le RER A, vers Val de Fontenay pour mon forum. Après une journée, retour à Paris à l’hôtel, douche et prière. Lecture rapide des journaux, Libé et Le Monde notamment. L’évènement du jour ou du week-end est bien sûr la très probable démission de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur du gouvernement Jospin. Cet homme politique atypique, chantre de la vertu républicaine, s’est toujours distingué par son franc-parler et ses positions indépendantes témoignant d’une grande probité intellectuelle et une intégrité rare chez les hommes politiques. Intéressant ce cas Chevènement qui dérange mais ne laisse jamais indifférent. « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne », lâchait-il après un conseil des ministres présidé par Mitterrand, en 1991. Ce miraculé de la République, qui est revenu d’un voyage de l’au-delà, après 8 jours passés dans un coma profond en septembre 98, suite à une anesthésie pour une opération bénigne. Sa position la plus courageuse c’était à propos de la honteuse guerre du Golfe que les Américains ont mené contre l’Irak. Chevènement, alors ministre de la défense de François Mitterrand, a refusé de cautionner cette guerre…  L’histoire est en train de lui donner raison.

  • 2 septembre 2000: TGV Paris-Lausanne

Assis dans la voiture No 11, place No 25, je revois ma petite semaine passée à Paris et je savoure deux bonheurs: celui de ne pas habiter à Paris et y subir ce stress permanent qui se lit sur le visage des gens, et celui d’y retourner de temps en temps pour y effectuer de courts séjours car c’est, tout de même, une ville intéressante. J’ai pu profiter de mes heures libres en flanant au bord de la seine, le quartier latin et le quartier de la Bastille tout proche de mon hôtel. J’ai apprécié la rue de la Roquette et ses bistrots animés et surtout la multitude de librairies à thème au quartier latin qui, plus est, ouvrent tard le soir. Bien que ce séjour n’était pas à vocation culturelle, je n’ai pas pu m’empêcher de visiter l’IMA (Institut Monde Arabe), une des meilleures oeuvres de l’ère Mitterand. On y trouve tout sur le monde arabe. Des ordinateurs accessibles au public permettent une recherche aisée sur les ouvrages et références. Ainsi, j’ai pu consulter une liste de 217 ouvrages sur le Sahara.

  • Le désert, Iriqui, décembre 2002

Le sable comme lit et le ciel étoilé comme toit. Quel privilège! Mais quel froid aussi.

J’ai rarement autant admiré la grappe Toraya (Les Pléiades), poursuivie par El Mechbouh (Orient), jusqu’à l’aube. Il ne la rattrapera, parait-il, qu’à la fin du monde, selon un conte nomade!

Rassurant, vu l’écart, quasi constant, sur des milliers d’années, entre les deux constellations !

Durant cette longue nuit, la voie lactée nous réchauffa les pupilles, en nous rappelant que notre belle planète n’est qu’un grain de poussière dans l’univers et que sa brève histoire, n’est qu’un instant dans l’absolu. La grande et la petite ourse jouant l’horloge autour de la polaire, fixe, indiquant invariablement le nord, au milieu de constellations évoluant harmonieusement dans un spectacle magique, observés de près par Caciopée en forme de W.

Echentouf, un beau bouquet de dunes au milieu de la partie la plus vaste de la Hamada du Draa, juste avant de déboucher sur le lac desséché d’Iriqui. Echentouf, veut dire « Crinière », et désigne cet endroit du fait de la ressemblance, de loin, des branches de tamaris coiffant les dunes, avec une belle «crinière de cheval». Au nord, on aperçoit un océan de sable, aux belles vagues commençant aux dunes El Abeidlya et finissant à El Alem (la dune témoin !). El Hadj Ahmed, la dernière dune isolée avant la plaine d’Iriqui, et le tamaris Atlat Abaïnouche, au nom d’une héroïne nomade, paisiblement ensevelie au pied de cet arbre magique, ferment, à l’ouest, cet espace d’erg. Un poème à la mémoire d’Abaïnouche, fait encore couler des larmes aux rares nomades connaissant l’histoire et la géographie de cette région, s’intitulant: « Ici a été enterrée la tendresse avec Abaïnouche ». Tout simplement ! A méditer quand on voit le saccage gratuit des rallyes dans cette région…

  • Journal_23_10_2004

Ce samedi, 9e jour du Saint Ramadan, j’ouvre enfin ce journal pour y transcrire ce que m’inspirent des choses vécues, des émotions plus ou moins contenues, y mêler le sublime et le commun, l’anecdotique et le profond, le futile et l’essentiel… J’hume la vie comme un parfum léger, insaisissable, où l’imprévu supplante, souvent, le planifié, pour donner un sens à une évolution qui nous échappe, en fin de compte, et pour cause !

Après une matinée sportive, piscine à Askésis et foot à Dorigny, le sublime c’est toujours la compagnie de ma fille Lehjeila, à la fin d’après-midi, en ville. Passage chez la boucherie Hallal, pour l’achat de viande pour les repas de Ramadan. Ma princesse de fille, m’a proposé un dessert qu’elle préparera elle-même pour la rupture du jeûne. J’ai craqué, naturellement.

Me voilà sur le divan, après la rupture du jeûne et ma prière du Maghrib… Un coup d’oeil sur les nouvelles: CNN, Euro News, TSR… Les élections américaines le 2 novembre ont la part belle dans tous les journaux télévisés. Chacun y va de son analyse et ses pronostics. Jamais une élection présidentielle aux USA n’a eu autant d’importance, autant de dépenses, autant de passions aussi bien à l’intérieur des USA qu’à l’extérieur. G. W. Bush, le sortant, affrontera John Kerry, le sénateur démocrate, avec en filigrane la direction quasi planétaire de cette unique superpuissance. G. W. Bush, le républicain, avec deux guerres, deux invasions, l’Afganistan d’abord en novembre 2001, suite aux attentats du 11 septembre, et l’Irak, en avril 2003, pour régler un vieux compte quasi familial, et commettre le plus grand hold-up de tous les temps: mettre la main sur le pétrole irakien et dompter ce pays stratégique dans l’échiquier du moyen orient. Le commandant en chef de cette croisade contre le mal, comme il aime à se présenter, veut éradiquer le terrorisme à sa source, le champion de la guerre préventive: les attaquer avant qu’ils nous attaquent, a trouvé finalement un  arguments simple, pour ne pas dire simpliste, pour avoir l’adhésion de la majorité de ses citoyens gagnés, depuis le 11 septembre, par un élan  quasi irrésitible à en découdre avec le terrorisme… islamique.

On n’avance pas à partir des certitudes, mais à travers la dynamique du doute, aurai-je pu souffler aux conseillers de G.W. Bush

  • Janvier 2003: Sahara

J’ai rarement senti aussi fort le désert et autant marché (plus de 200 kms). Il est vrai qu’accompagner le pas du chameau en écoutant Brahim chansonner, ce n’est pas un plaisir, c’est un bonheur. Quel voyage dans le passé en effet… En parcourant ce désert, j’ai souvent pensé à ces êtres sublimes qui l’ont parcouru, y ont chansonné, peut être, les mêmes chansons et poèmes du désert, y ont apprécié ce même feu au pied d’une dune, senti cette quiétude en s’allongeant sur ce sable doux après une longue marche et admiré le ciel étoilé si proche qu’on a envie de caresser les étoiles. En parcourant ces lieux mythiques que sont Sidi Naji, Zmaila, Ez-Zahar, Lehreichat, Khbeitet El faa, Lemdeibeh, Bou Twil, Lourein, Maarir, Oum Tobgane, El Alem, Echentouf, et j’en passe… Ces vestiges nous racontent, avec une clarté étonnante, une des plus belles pages de l’activité nomade dans cette région… Comment résister au souvenir de ces grandes familles nomades ayant vécu dans ce désert, autrefois prospère jusqu’à la fin des années soixante, et qui est  aujourd’hui quasiment dépeuplé, sauf quand une caravane de touristes y passe, ébahis par la beauté et la variété des paysages tout en ignorant l’histoire et la richesse de la vie nomade.  Hammadi Ould Addou, à lui tout seul constituait une bibliothèque de cette civilisation qui, la première, a compris les limites de l’homme à maîtriser et à conquérir et que son passage éphémère sur cette terre lui permet tout juste d’effleurer quelques mystères et de subir, quoi qu’il fasse et quoi qu’il prétende, la volonté du Créateur. Oui cette bibliothèque s’est volatilisée paisiblement, allongée à l’ombre douce d’un tamaris, dans les bras de sa fille Fatma en pleurs et heureuse, au fond d’elle-même, que son père venait juste d’accomplir la prière d’El Asr. Quel bel épilogue et quelle perte pour le savoir nomade! En marchant seul la nuit, j’ai souvent pensé aux histoires et légendes sublimes que me racontaient ma grand-mère El Kawriya, autour d’un feu, sur Sidi Ahmed Er Rguibi, le grand saint vénéré de la tribu Rgueibat, sur son mari Hammadi Ould Addou le polyglotte puisqu’il maîtrisait pratiquement tous les dialectes du Sahara, allant du Berbère des Ait Atta au sud du Maroc, au dialecte Kawri des tribus noires du Sub-Sahara, en passant par le dialecte arabe Hassania de Mauritanie. Bien sûr qui dit maîtrise des dialectes dit maîtrise des traditions et subtiles coutumes de ces ethnies. El kawriya parlait souvent de son courage au sens large et guerrier du terme, de sa piété et rigueur religieuse, d’une connaissance encyclopédique de la vie nomade, des plantes du désert, de la médecine d’urgence en soignant les blessés, les femmes ou chamelles en difficulté d’accoucher, avec une spécialisation dans l’orthopédie sur humains et chameaux avec des moyens à l’image de l’austérité du désert. Mais dans le désert j’ai constaté souvent que l’efficacité est inversement proportionnelle aux moyens disponibles. Le savoir est plus important que l’avoir, pourrait-on dire, et pour cause.

 

Histoire du Sahara

Aperçu historique :

 1912 : Début de protectorat français au Maroc. Bataille de Sidi Bouatmane : L’armée française écrase la révolte d’Ahmed El HIBA. Un homme se distingue dans cette bataille : Sidi Mohamed Ould Sidi Khalil. Il a compris très tôt qu’en face de l’armée française avec ses avions et ses chars, le bouchfars et les fusils rudimentaires, ne suffisent pas à stopper l’occupation française, déguisée en protectorat. Il prononça une célèbre phrase, prémonitoire, aux combattants survivants, animés de leur foi mais épuisés : « L’avion est la meilleure monture et le mortier la meilleure arme ! »

1913, Sidi Mohamed Ould Sidi Khalil, met le cap sur Tombouctou, pensant que les français n’y ont pas mis les pieds encore. Il développe un commerce caravanier prospère entre la ville mythique et M’hamid El Ghozlane. Devant la Kasbah de Sidi Khalil, deux fois l’an, les caravanes de 1000 à 2000 chameaux se rassemblaient pour effectuer un voyage de plus de 2 mois pour atteindre Tombouctou avec leur marchandise venant de Fez et Marrakech : thé, sucre, tissus, cuivre et des produits européens. Retour avec des marchandises sub-sahariennes, le sel de Taoudenni notamment, mais aussi or et esclaves parfois.

1920-1930 : règne sur M’hamid et contrôle du commerce caravanier :

Sidi Mohamed devient le maitre du commerce caravanier et réussit même à s’assurer l’exclusivité du commerce du sel dans les deux axes : Taoudenni-Tombouctou et Taoudenni-M’hamid.

Flanqué d’un caravanier redoutable et efficace, Idir, ils organisent ce commerce durant les années 20, et Sidi Mohamed devient un des notables respectés et craints à Tombouctou.

A M’hamid, il restaure la vieille Kasbah de Sidi Khalil, véritable défi au sable et au vent, y édifie une citadelle dominant la palmeraie de M’hamid. Du sommet du bordj de cette citadelle, le regard rase la grande Hamada désertique au sud, avant de s’écraser sur la petite chaine d’Errich, près de l’Oasis de Zaïr.

1927 : Le Caid de Taoudenni, Sid El Mohktair, exécute à bout portant l’excité Lieutenant français : Aurélien de Sèze. C’est le premier acte de résistance aux français dans leur emprise sur le Sahara

1928 : Idir assassine un officier français, trop sûr de lui, lors de son jugement, à Taoudenni, pour trafic d’armes et insoumission aux français

1930 : Assassinat de Sidi Mohamed Ould Sidi Khalil à M’hamid par un commando de 5 personnes appartenant à la tribu Aït Khabbach désirant occuper M’hamid en éliminant son maitre

1930-1932 : Guerre civile féroce entre Aït Khabbach, soutenu par une grande partie de la tribu d’Arib (Nouaji et Leguassem, notamment) et la famille Sidi Khalil soutenue par Oulad Bouden et Lebbadine.

Leguassem, la branche pieuse et guerrière des Arib, se sont alliés aux Aït Khabbache. Un redoutable guerrier El Guassmi Hammadi Ould Addou, encyclopédie du désert, maitrisant le fusil, le mode de vie nomade, l’astrologie, la médecine naturelle et tous les dialectes des tribus nomades au Sahara, s’est distingué dans cette guerre qui représentait pour lui une résistance aux français d’abord. Son alliance avec les Ait Khabbach qui combattaient les français au Tafilalet et au Jbel Saghro se justifie pour empêcher que le dernier verrou au sud marocain, M’hamid, ne tombe dans leur main ouvrant ainsi leur domination à tout le Sahara, des derniers confins de l’Anti atlas, au sud-Sahel et la Mauritanie. Ce qui réduirait l’espace de liberté vital au mode de vie nomade ancestral. Cependant, il ignorait comme tous les autres alliés des Aït Khabbach le vrais mobile de ceux-ci, visant bassement un pillage et une main mise sur les biens des paisibles habitants de M’hamid. Tout ça derrière le prétexte louable de lutte contre les français.

1932 : Intervention des français pour la conquête de M’hamid et la pacification de la Hamada d Drâa. Défaite des Ait Khabbach et leur alliés

El Guassmi Hammadi Ould Addou décide de quitter avec sa famille M’hamid pour aller au Sahara occidental et en Mauritanie. Sa fille Lehjeila, née en 1926, le suivit comme son ombre, assoiffée de savoir et de curiosité sur tout…

Hammadi Ould Addou s’installe près de Smara, grand centre nomade

Le combat du Dr. Labbas SBAI pour un tourisme responsable

Le 6 février 2006

Doit-on faire le procès de la corruption, et donc des corrompus, ou de celui qui les dénonce.

La réponse paraît simple quand on sait les attentes de la population pour une bonne gouvernance politique, administrative et judiciaire…

Cependant ce qui vient de se passer au tribunal de Zagora le vendredi 3 février 2006 montre, si besoin est, qu’il y a un long chemin à faire encore, en dépit des bonnes volontés. Revenons aux faits :

Le Docteur Labbas Sbai, originaire de M’hamid et ayant la double nationalité Marocaine et Suisse, a été arrêté le jeudi 2 février sur ordre du Procureur du Roi, Monsieur LAZHARI Abdelaziz, écroué et présenté au tribunal le vendredi à 15 :00, jugé d’une manière expéditive, sans aucune préparation de sa défense ni accès au dossier. En mois d’une heure il a été reconnu coupable d’outrage à magistrat, de provoquer le désordre dans un lieu public, etc., et condamné à 6 mois de prison ferme, applicable de suite. Transféré, avec des moyens dignes de la maîtrise d’un criminel, menotté et escorté avec plusieurs voitures de police à Ouarzazate (166 Kms). Il a décidé de faire la grève de la faim, et maintenu ses accusations de corruption et de comportement mafieux de 3 hauts responsables qui peuvent être étayées par des preuves le cas échéant. On ne lui a laissé aucune possibilité de développer ses arguments et la sentence est tombée pour faire taire cette voix très gênante. On croît revenir à des scénarios dignes des années de plomb, dans le Maroc de 2006.

Selon les dernières nouvelles, son état physique actuel est très critique. Car, outre la grève de la faim, qui est de sa propre volonté, il a subi en prison un dérangement psychique permanent pour le faire craquer.

Actuellement, des démarches sont entreprises auprès des autorités suisses, puisque Le Dr. Labbas Sbai est citoyen suisse, mariée à une suissesse et père de deux enfants, pour saisir les autorités marocaines au plus haut niveau sur ce cas d’une atteinte grave aux droits de l’homme.

D’autre part le Dr. Labbas Sbai est fils d’un grand résistant feu El Hdj Mohamed-Cheick Sbai, compagnon de libération de feu Sa Majesté Mohamed V dans le sud (voir les documents de la visite historique du Père de l’indépendance à M’hamid El Ghozlane le 25 février 1958).

Vu la gravité de la situation on souhaite la libération du Dr. Labbas Sbai immédiatement et un appel de son procès, afin qu’on juge peut être la corruption et non celui qui la dénonce.

Veuillez recevoir nos respectueuses salutations

Comité de soutien au Dr. Labbas Sbai

Lejournal_hebdo_mars2006_1

 

Le journal hebdomadaire : 4-10 mars 2006

Tel Quel mars 2006: Par Abdellatif El Azizi

A M’hamid Lghizlane, Labbas Sbaï, médecin et hôtelier, a eu l’outrecuidance de dénoncer les autorités qui tolèrent, dans un silence complice, le trafic de chameaux, cigarettes et haschich dans cette zone-frontière entre le Maroc et l’Algérie. Son “J’accuse” lui a coûté six mois de prison.

“Dieu est grand, il rendra justice au docteur” ! Tout Mhamid est sous le choc. L’arrestation du Docteur Labbas Sbaï a mis en émoi la petite bourgade de M’hamid Lghizlane Le chirurgien à la double nationalité, marocaine et suisse, a été arrêté le jeudi 2 février, sur ordre du
procureur du roi à Zagora. Il a été présenté au tribunal et jugé au cours d’un procès expéditif, le lendemain, avant d’être conduit à la prison de Ouarzazate, menotté et escorté par plusieurs voitures de gendarmes, reconnu coupable d’outrage à magistrat, de désordre dans un lieu public et condamné à six mois de prison ferme, applicables de suite. Un jugement en appel devrait être prononcé incessamment à Ouarzazate alors que l’avocat attend toujours le transfert du dossier de son client pour pouvoir au moins lui rendre visite en prison !

Le “J’accuse” du médecin
“Je sentais venir la machination depuis le 23 janvier 2006, date à laquelle je me suis présenté devant le procureur pour assister au procès d’un de mes employés, accusé par le caïd de M’hamid d’avoir tué un âne”, raconte le médecin. L’accusation avait d’abord été portée contre lui, avant que les autorités ne fassent marche arrière pour faire endosser à l’un de ses ouvriers la responsabilité du “meurtre”. Que lui reproche-t-on cette fois-ci ? Officiellement, un comportement injurieux à l’égard des magistrats. En prison, il décide de faire la grève de la faim. “Je maintiens mes accusations de corruption et de comportement mafieux de trois hauts responsables autoritaires de la région”, s’indigne-t-il. Officieusement, les autorités lui en veulent d’avoir mis à nu leurs supposés liens avec les trafiquants de contrebande en tout genre transitant par la frontière maroco-algérienne. Du côté du tribunal de Zagora, l’omerta est de mise. Les gens ont peur de parler de ce qu’ils appellent “une sale affaire”.

Le médecin, qui a abandonné une carrière prestigieuse de chirurgien en Suisse pour monter et développer une structure hôtelière dans sa région natale, est donc coupable d’avoir proféré un “J’accuse” tonitruant. Il en veut aux autorités locales de laisser faire. En fait, son inimitié avec le caïd et le procureur remonte plus précisément à près de trois ans, lorsque l’étendue du trafic commence à lui faire du tort. En effet, d’après le témoignage d’un agent des forces auxiliaires, “depuis plus de trois ans, une bande de nomades surgie d’on ne sait où, s’est installée aux alentours du bivouac du docteur, situé à 50 km de M’hamid, à quelques kilomètres à peine de la frontière algérienne. Ces nomades harcèlent les touristes qui descendent là-bas et ont agressé physiquement à plusieurs reprises le personnel du campement”.

“Notre oasis étant située non loin de la frontière algérienne, c’est hélas un passage important pour tout le trafic de contrebande (cigarettes, dromadaires, haschich …). Sbaï était dernièrement très inquiet de la situation, et craignait entre autres pour la sécurité des touristes et de nos clients”, précise son associée suisse, Laurence Humbert- Bajracharya. Quelle est la réalité de ces accusations ?

L’origine de la contrebande
Pour comprendre et décrire le phénomène des trafics en tout genre que connaît la région, il faut revenir aux années difficiles. Avec les sécheresses successives, les affaires n’ont pas été particulièrement bonnes pour les fellahs et de nombreux individus, parias des tribus voisines, se sont reconvertis dans le trafic. Pour Jamal Agkbib, le président de l’Association des amis de Zagora, l’essor de la contrebande est une conséquence directe de la misère noire qui sévit dans la région. “La sécheresse a poussé les gens à chercher des moyens pour survivre, les moins scrupuleux ont pris le parti de s’investir dans la contrebande”.
Sauf qu’aujourd’hui et de l’avis de nombreux fonctionnaires, le phénomène est en train de dépasser le cadre régional : le trafic de cigarettes, le vol de chameaux et le haschich qui, lui, traverse en sens inverse la frontière vers l’Algérie, brassent des sommes d’argent trop importantes pour les ambitions des nomades qui se contentent souvent de peu. “Les véhicules tout terrain dernier cri, les grosses motos et les téléphones cellulaires que l’on saisit souvent sur les contrebandiers, prouvent que cette région est en train de devenir une véritable base-arrière pour des mafias bien organisées”, rappelle un gendarme qui a quitté la région. Il semble que le trafic limité au vol des chameaux et piloté au départ par quelques tribus locales, un pied au Maroc et l’autre en Algérie, est en train de devenir totalement incontrôlable. Quant aux paysans, le vol répété de leurs chameaux les met dans une situation intolérable.

Un malaise social s’installe
Assis sur sa natte devant une maison en pisé qui sent le renfermé, Haj Ali soupire à l’évocation de ses chameaux. Il confie, dans le frémissement des feuilles de palmiers, qu’il a dû à plusieurs reprises se mobiliser, malgré son âge, pour battre campagne et retrouver la trace de ses bêtes, volées à trois reprises par des bandits de la région. “Le comble, c’est que, non seulement j’ai réussi à reprendre mes chameaux qui ont été acheminés vers Ouarzazate pour y être vendus mais j’ai aussi communiqué aux gendarmes les noms des auteurs du vol. Figurez vous qu’ils sont passés devant le tribunal de Zagora et s’en sont sortis avec deux mois de prison avec sursis chacun !”. Un autre propriétaire, terrorisé à l’idée de parler à un journaliste, préfère raconter le quotidien des gens du coin, des paysans dépossédés de leurs maigres ressources et obligés de vivre dans ce bled plutôt que d’émigrer vers Smara comme tous les autres. Aujourd’hui, pour défendre leurs chameaux et parfois même leur vie, les paysans se sentent pris entre deux feux, la férocité, les moyens énormes des contrebandiers et le silence complice des autorités quand ce n’est pas carrément les menaces du caïd du coin. “M’hamid est en train de devenir un vrai Far West”, commente un instituteur qui n’en revient pas de voir une région aussi belle et des gens aussi pacifiques en proie à cette insécurité ambiante.

Pour sa part, le docteur Sbaï qui croupit derrière les barreaux de la prison de Ouarzazate pense avoir rempli son devoir d’honnête citoyen en insistant auprès des autorités pour qu’elles interviennent au nom de la justice, avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il les a suppliées même, leur a dit combien leur silence est louche. Mais il est des secrets qu’il n’est pas bon d’avoir surpris. “Au lieu de faire le procès de la corruption, et donc des corrompus, on a préféré faire le procès de celui qui les dénonce” s’indigne son frère Ali, un physicien de renommée internationale travaillant à Genève pour le compte de l’ONU.

En attendant, les habitants de M’hamid qui ont vaillamment et spontanément repoussé les attaques des mercenaires du Polisario en 1980 livrent à mains nues leur dernière bataille contre la mafia des chameaux. On murmure que les uniformes de tout poil qui quadrillent la région se remplissent les poches d’une façon éhontée en prélevant une dîme au passage. Encore faudrait-il pouvoir le prouver !

Trafic. Frontières-fantômes

C’est à une trentaine de kilomètres de M’hamid, qui fut au XVIème siècle le point de ralliement avec Tombouctou, que se dressent les limites frontalières invisibles entre l’Algérie et le Maroc, invisibles parce que les maigres effectifs des soldats qui squattent des postes frontières espacés de plusieurs dizaines de kilomètres ne peuvent rien contrôler. La frontière est une véritable passoire et on y croise souvent des nomades et des chameliers qui vont et viennent des deux côtés avec une facilité déconcertante. Quand le climat politique entre le Maroc et l’Algérie n’est pas au beau fixe, les chameliers s’abstiennent de franchir les dunes de sable mais leurs chameaux, eux, ne s’en privent guère. “Quand la sécheresse est trop forte, on lâche les chameaux qui, guidés par l’instinct de survie, n’hésitent pas à passer de l’autre côté, à la recherche de la moindre végétation” commente un chamelier de la région qui ajoute qu’une fois rassasiés, les bêtes font le retour en chemin inverse, ce qui n’empêche pas les Rguibat de l’autre côté de la frontière de faire de même avec leurs bêtes.

Source: Telquel

Surprise et confusion !

Suite à une mobilisation nationale et internationale intense, notamment l’intervention d’Amnesty internationale, le Dr. Labbas Sbai a été libéré le 10 mars 2006 de la prison de Ouarzazate. Les conditions de cette libération n’ont cependant pas été claires, car le Dr. Labbas Sbai voulait un vrai procès de la corruption de la justice à Zagora, la source du problème, et il a refusé naturellement de signer la demande de grâce, arguant le fait que si on fait taire son cas on ne règle pas le problème, très actuel, de la corruption du Procureur à Zagora qui au yeux de toute la population personnifie le paroxysme de ce fléau dans cette région et peut être dans tout le pays.

Cette libération était un répit trompe-l’œil : Il sera arrêté de nouveau le 11 juin à Casablanca pour purger un solde de peine, vieux de 4 ans et demi. L’injustice est intraitable pour faire taire une voix trop gênante !

Historique du combat du Dr Labbas SBAI pour une bonne gouvernance au Maroc

Genève le 3 août 2010

Communiqué du Comité de soutien pour la libération du Dr. Labbas SBAI

Bonjour à tous,

Dr Labbas SBAI vient d’être libéré du pavillon carcéral de l’hôpital d’Ouarzazate, après un mois et 22 jours de détention et une grève de la faim entamée depuis le 17 juin !

Quel soulagement. Mais quelles interrogations aussi !

Avant d’analyser à chaud ce qu’on vient de vivre, nos pensées vont à lui pour ce qu’il a subit, pour son courage et sa dignité et enfin, plus important, pour ce qu’il a dénoncé qui, hélas, reste d’actualité avec un procureur à Zagora personnifiant, à outrance, ce que le Maroc, que nous aimons tous, doit éviter. Mieux, doit combattre !

Car tout est parti de là, il y a quatre ans. Pire, ce qui a été dénoncé en 2006 s’est aggravé au fils des mois et le rôle de ce procureur est devenu central de ce qui est convenu d’appeler : une collision avec un phénomène inquiétant de vols de chameaux et trafics en tout genre, dont la drogue. L’Etat doit agir. Il n’a qu’à interroger les victimes dans cette région et mener des enquêtes adéquates et transparentes pour identifier les complaisances, voir les complicités. Dr Labbas SBAI et d’autres ne font qu’appeler au respect et à l’application des principes élémentaires pour combattre ces fléaux qui ravagent le Maroc aujourd’hui.

 Merci pour votre soutien et votre écoute.

Comité de soutien pour la libération du Dr. Labbas SBAI

http://www.bladi.net/labbas-sbai.html

http://oumma.com/Le-docteur-Labbas-Sbai-La-premiere

*Le Procureur Lazhari a été muté à Roumani depuis une année. Il continue à sévir et se servir ! Quelle honte pour la justice dans notre pays

Voir également :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4894aa80-92ac-11df-9d68-96ffae1b7a54/Emprisonn%C3%A9_au_Maroc_un_Suisse_crie_%C3%A0_linjustice

« On demande au porte parole des victimes de demander des excuses… et aux victimes de se taire ! »… Sauf quand l’affaire prend des proportions internationales…

La morale de cette histoire : les apprentis sorciers, qui ont longtemps cru au triomphe du mensonge, sont rattrapés par les faits !

Dans cette histoire, le Procureur Al Azhari, au tribunal de première instance à Zagora, symbolise toutes les dérives de la justice au Maroc :

Corruption, trafic d’influences, protection des trafiquants, abus de pouvoir, … etc. Se sentant intouchable grâce à une relation privilégiée avec un haut responsable à Rabat, il a fait subir à la région de Zagora le plus grand arbitraire au niveau de la justice depuis l’indépendance. Maintenant il est muté à Roumani, près de Rabat. On souhaite qu’avec les nouvelles autorités judiciaires, on le surveillera de près…

3 août 2010

Epilogue : à 10h, libération du Dr. Labbas Sbai. Délivrance et interrogations !

Article du journal Le Temps, 19 juillet 2010

31.07-3.08 : Boucliers humains (les sœurs) autour du Dr. Labbas Sbai pour empêcher son transfert à la prison ou à Marrakech !

19 juillet 2010

La journaliste Valérie De Graffenried écrit un article dans le Journal Le Temps :

« Emprisonné à Ouarzazate, un Suisse crie à l’injustice ». Voir :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4894aa80-92ac-11df-9d68-96ffae1b7a54/Emprisonn%C3%A9_au_Maroc_un_Suisse_crie_%C3%A0_linjustice

Le Département Fédéral des Affaires Etrangères (DFAE) assure suivre l’affaire de près. L’Ambassadeur Suisse à Rabat confirme qu’une visite au prisonnier d’un officiel de l’Ambassade aura lieu le vendredi 23 juillet 2010.

17 juillet 2010

Une responsable d’Amnesty International (AI) à Londres, Samira Bouslama, contacte le Dr. Labbas Sbaï par téléphone. Son frère avait transmis le dossier à AI le 15 juin 2010. Des actions d’AI sont attendues ces prochains jours, notamment des pressions sur la justice marocaine à bien traiter le prisonnier et contribuer à une libération rapide… AI est en contact avec la famille de la victime et son comité de soutien.

 

16 juillet 2010

Dr Labbas Sbaï envoie une lettre à l’Ambassadeur Suisse à Rabat, de l’hôpital où il est admis, sous surveillance, depuis le 8 juillet. Dans cette lettre, il rappelle les faits et souligne les conditions arbitraires de son arrestation et les raisons incohérentes données par les responsables de la justice et avance les vraies raisons ayant mené à le museler ! La collusion des gros trafiquants et des responsables locaux. Le tout pour faire taire une voix qui dérange !

 

15 juillet 2010

Les choses commencent à bouger :

Le journal suisse LeTemps et Amnesty International s’emparent de l’affaire. Ils prennent contact avec les proches et mènent leurs enquêtes. Il semble qu’il s’agit effectivement d’un cas d’opinion qui relève des droits de l’homme. Le fait qu’il est citoyen suisse ajoute une pression supplémentaire !

 

14 juillet 2010

Amnesty International a contacté le frère de la victime, Ali Sbaï, sur la base du dossier envoyé le 15 juin 2010. Selon leurs dires, ce cas relève de leurs priorités dans la région.

 

Toujours le silence inquiétant de l’Ambassade Suisse qui attend un formulaire de la prison pour agir, la direction de la prison tarde à le fournir. Quel cercle vicieux, pendant qu’un prisonnier d’opinion croupisse en prison !

 

8 juillet 2010

Après examen médical, il a été décidé de le maintenir à l’hôpital depuis le 8 juillet. Il poursuit cependant sa grève de la faim, sous contrôle médical heureusement.

7 juillet 2010

Vu l’évolution dramatique de l’état de santé du Dr. L. Sbai. C’est seulement hier le 6 juillet qu’on l’a transmis à l’hôpital après plus de 25 jours d’emprisonnement dans des conditions déplorables : le prisonnier d’opinion et militant des droits de l’homme doit partager sa cellule avec une vingtaine de prisonniers de droit commun dans une chaleur de 30 à 40 degrés !!! C’est inadmissible !

15 juin – 20 juillet 2010:

Les autorités on dépêché des renforts de police et de l’armée à M’hamid pour dissuader les gens de manifester. Ce qui n’a pas impressionné les femmes nomades, admirables de courage et de dignité devant la tente campée devant la Caïdat de M’hamid (Voir photos et vidéo de la manifestation du 26 juin). Sur l’affiche portée par les femmes : Les habitants de M’hamid demandent la libération du Dr Labbas Sbai et non à la justice arbitraire !. Sur la vidéo, on voit une intifada de jeunes investissant l’entrée de la Caïdat (Préfecture) de M’hamid.

Depuis le 15 juin, dans un élan de solidarité sans précédant et d’une manière continue, la population de M’hamid organise un sit-in animé par les jeunes de M’hamid (la plus part des diplômés chômeurs d’une région oubliée !). Des appels à la libération du Dr. L. Sbai et une bonne gouvernance administrative et judiciaire sont réclamés. Ce rassemblement a permis la collecte des doléances de la population de cette région victime du vol de chameaux, des trafics de tout genre, des failles de la justice… Tous pointent du doigt la corruption personnifiée par le procureur, Abdelaziz Lazhari, qui est à l’origine de l’emprisonnement d’un des leurs : le Dr. Labbas Sbai pour avoir dénoncé tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Cette dérive a commencé par les vols de chameaux, alimentant le trafic de drogues et marginalisant les nomades de la Hamada du Drâa !

Actuellement, il est en grève de la faim à la prison de Ouarzazate et sa famille subit une pression énorme pour qu’il signe une demande de grâce au Conseil Supérieur de la Justice qui peut aboutir ou ne pas aboutir. Conscient que cette manœuvre est plus destinée à couvrir un procureur (il bénéficie paraît-il d’un puissant soutien à Rabat) que d’une réelle volonté de libération.

15 juin 2010

Un appel a été transmis à Amnesty International, au Conseil des Droits de l’Homme, à Genève, à la presse nationale et internationale et aux institutions et ONG œuvrant pour une bonne gouvernance au Maroc.

Cet appel est intitulé :

« Doit-on faire le procès de la corruption ou le procès de celles et de ceux qui la dénoncent ? »

Comité de soutien au Dr. Labbas Sbai pour une bonne gouvernance de la justice au Maroc.

13 juin 2010 : Une injustice tenace !

Quatre ans après, le Procureur du Roi à Zagora lance un mandat d’arrêt contre le Dr. Labbas Sbai qui est arrêté à l’hôtel Azur à Casablanca et transféré à la prison à Ouarzazate, comme un simple criminel. Explication du Procureur à Ouarzazate au Dr. Sbai : Vous n’aviez toujours pas signé la demande de grâce qu’on vous a présentée le 10 mars 2006 (4 ans plutôt !). Signez-là et on clos l’affaire, sinon vous faites le solde en prison tout de suite.

Fidèle à ses principes, le Dr. Labbas Sbai explique calmement au Procureur : « Si je ne l’ai pas signée il y a quatre ans, je ne vais pas le faire maintenant, les raisons de ma dénonciation de la corruption sont toujours actuelles. C’est au Procureur à Zagora de demander des excuses à un innocent et de répondre de ses actes à ses supérieurs. Donc, je maintiens mon refus ». Enfermé aussitôt.

Il a raison le Dr. Labbas Sbai de refuser à demander des excuses. Dans ce combat maintenant, il a le soutien de la population, du Droit, et de la Justice pour bonne gouvernance administrative et judicaire au Royaume en s’attaquant de front au fléau de la corruption, notamment celles des magistrats. Ce combat est d’actualité et nous sommes tous derrière le Dr. Labbas Sbai et derrière ceux, nombreux et anonymes, qui souffrent des dérives de ceux qui confondent : servir et se servir au Maroc d’aujourd’hui.

 

Le journal Le Temps : 19 juillet 2010

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Voir  le lien :

Le Temps 19 juillet 2010 par Valérie De GRAFFENRIED

Emprisonné au Maroc, un Suisse crie à l’injustice

Valérie de Graffenried

La famille de Labbas Sbaï, citoyen marocain et suisse, dénonce sa détention arbitraire. Le chirurgien a accusé des notables de sa région de protéger des trafiquants. Le DFAE suit l’affaire. Mais le fait qu’il soit binational corse le dossier

La vie du docteur Labbas Sbaï ne ressemble pas vraiment à un long fleuve tranquille. Ce binational marocain et suisse a travaillé durant plusieurs années comme chirurgien en Suisse romande, puis est parti en 1996 développer une structure hôtelière à M’hamid Lghizlane, une oasis du Sahara marocain. Il se trouve aujourd’hui en prison à Ouarzazate pour avoir pointé du doigt une connivence entre des autorités de la région et des trafiquants. Sa famille dénonce une détention arbitraire. Et le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) assure suivre l’affaire de près.

Labbas Sbaï est en prison depuis le 13 juin dernier. Mais ses difficultés remontent à 2006. En février de cette année, il est condamné à six mois de prison ferme pour outrage à magistrat et désordre dans un lieu public. Au procès d’un de ses employés accusé par un nomade de la mort d’un âne, l’homme avait dénoncé des notables de la région, dont le procureur de la province de Zagora, pour avoir fermé les yeux sur les activités de la pègre du coin qui s’adonne à des trafics de chameaux, de cigarettes et de drogue à la frontière algéro-marocaine.Une bande de nomades installée aux alentours de son bivouac importunait depuis plusieurs années les touristes et le personnel de son campement écologique. Fâché par l’inaction des autorités, Labbas Sbaï, décrit par les siens comme quelqu’un doté d’un tempérament de feu, a attiré l’attention du président du tribunal sur les «comportements mafieux» de ces «responsables corrompus».

«Digne des années de plomb»

Sa condamnation a provoqué une forte mobilisation dans la région. En Suisse aussi, des pétitions ont circulé. Son frère, Ali Sbaï, un physicien travaillant à Genève pour l’Union internationale des télécommunications (UIT), est outré. «Mon frère a été traité comme un criminel; il a été menotté et escorté par plusieurs voitures de police à Ouarzazate. On croyait être revenu à des scénarios dignes des années de plomb», dénonce-t-il. Après appel, la peine de Labbas Sbaï a été réduite de moitié. Finalement, la forte mobilisation aurait permis la libération du chirurgien le 10 mars 2006, dans des circonstances peu claires.

Aujourd’hui, Labbas Sbaï, marié à une Suissesse et père de deux enfants, est à nouveau en prison. «Pour purger le solde de peine», précise son frère, qui ne décolère pas. Il a été arrêté le 11 juin dans un hôtel de Casablanca. Le procureur de Zagora justifie cette arrestation par le fait qu’il n’a pas signé une demande de grâce au roi qui lui aurait été présentée le 10 mars 2006. Or Labbas Sbaï estime que c’est au procureur de s’excuser et pas à lui de signer un document qui, dans les faits, reviendrait à admettre son tort. Retour à la case prison donc.

«Il devrait théoriquement rester en prison jusqu’au 2 août. Mais, à en juger son arrestation arbitraire, nous craignons que sa détention se prolonge», commente Ali Sbaï. Il ajoute: «Même si mon frère, qui n’est rien d’autre qu’un prisonnier d’opinion, est libéré, il est important pour nous que les doléances de M’hamid soient prises au sérieux. Des villageois ont rassemblé les preuves à charge du procureur. Je transmettrai bientôt une lettre avec ces faits au roi.» Deux amies suisses du chirurgien ont, elles, adressé, le 25 juin, un «appel urgent» à Micheline Calmy-Rey. Elles se disent très inquiètes de l’état de santé de Labbas Sbaï, qu’elles décrivent comme quelqu’un dont l’«esprit critique et le franc-parler, ajoutés au fait qu’il est l’un des derniers descendants d’une importante tribu nomade, et donc considéré comme une forme d’autorité par les gens du désert, le rendent menaçant pour certaines personnes installées au pouvoir».

Pierre-Michel Quendoz, le chef suppléant de la Section de la protection consulaire du DFAE, leur a répondu le 2 juillet dernier. «C’est avec beaucoup d’engagement et de détermination que les différents intervenants suivent cette affaire de près», leur a-t-il écrit. Il ajoute toutefois que les représentations à l’étranger ne peuvent ni exercer des activités d’avocats, ni se prononcer sur l’innocence ou la culpabilité d’une personne. Et pas non plus s’immiscer dans des affaires juridiques courantes de leur pays hôte. «La protection consulaire est d’autant plus difficile à octroyer quand les intéressés sont des binationaux et que la nationalité du pays de détention est considérée prépondérante, comme cela est le cas dans l’affaire présente», ajoute-t-il.

Malgré cet obstacle, l’ambassade de Suisse à Rabat reste en contact téléphonique régulier avec les autorités compétentes sur place, Labbas Sbaï et ses proches. Vendredi, dans un mail adressé à une amie de Labbas Sbaï, la vice-consule de la mission suisse assure que «son état nous préoccupe effectivement beaucoup». Et fait savoir qu’un représentant de l’ambassade se déplacera «prochainement» à Ouarzazate pour lui rendre visite. Un village où la mobilisation est toujours importante: selon le journal Assabah, 250 policiers y ont été déployés la semaine dernière pour contenir les manifestants.

Labbas Sbaï, lui, vient d’écrire à l’ambassadeur de Suisse. Il ne va pas bien. Ali Sbaï: «Il est à l’hôpital et mène toujours une grève de la faim. Il a fait savoir que s’il était à nouveau transféré en prison, où il partage une cellule avec une vingtaine de prisonniers de droit commun, il arrêterait de boire.»

 

L_SBAI_AOUT_2010

http://oumma.com/Le-docteur-Labbas-Sbai-La-premiere

Pour avoir dénoncé les trafics de cocaïne et d’armes dans le sud-est marocain, le docteur Labbas Sbaï a été emprisonné en 2006 et 2010. De passage en Suisse, ce chirurgien, reconverti dans le tourisme écologique, rappelle que le vent de révolte qui secoue le monde musulman a commencé en octobre dernier au Sahara occidental. Des affrontements entre militants sahraouis et forces marocaines ont fait plusieurs morts.

Il y a quelques mois, Oumma avait rencontré à M’hamid, à la frontière entre le Maroc et l’Algérie, ce chirurgien de 54 ans, citoyen marocain et suisse. Il sortait de prison. Son crime ? Celui d’avoir dénoncé inlassablement depuis une décennie les trafics à la frontière. À la contrebande de dromadaires, de cigarettes, de haschich, il s’est substitué celle de la cocaïne, venue d’Amérique du sud et rejoignant l’Europe par des pistes mal gardées. Ces mafias bénéficient de la complicité de politiciens, de hauts fonctionnaires, de gradés de l’armée, dénonce Labbas Sbaï.

Pour ces accusations, le médecin a été emprisonné à deux reprises pour « outrage à magistrat » et « désordre dans un lieu public ». De passage en Suisse (son épouse est suisse alémanique), le chirurgien, qui a exercé à Lausanne, Fribourg, Berne, nous a accordé une interview. Issu d’une famille sahraouie, Labbas Sbaï ne milite pas au Polisario. Son père, rappelle-t-il, était un proche du roi Mohammed V. Toutefois, il dénonce la politique menée actuellement par le Maroc au Sahara occidental. Le royaume, prévient-il, n’est pas à l’abri de la révolte qui souffle actuellement sur le monde musulman.

Le docteur Labbas Sbaï en 2010 à sa sortie de prison

Vous n’appartenez pas au Polisario. Toutefois, vous vous montrez très critique sur l’attitude du Maroc au Sahara occidental.

Avant la Tunisie et l’Egypte, les premières manifestations pacifiques dans le monde musulman ont eu lieu dans le désert, à proximité d’El-Ayoun, la capitale du Sahara occidental. Plus de 15 000 Sahraouis s’étaient installés à partir du 12 octobre dans un camp de tentes. Ils ont violemment été évacués par les forces marocaines. Les heurts ont fait plusieurs morts et des centaines de blessés le 8 novembre dernier. En envoyant des chars, des avions, contre des civils, le Maroc a perdu toute chance de trouver une issue pacifique au Sahara occidental. Ce sont les troubles les plus graves depuis 1975.

Pourtant vous n’êtes pas pour l’indépendance du Sahara occidental ?

Je suis Marocain, mais j’ai de la famille au Sahara occidental, comme j’ai de la famille au Polisario. Je pense que Mohamed VI aurait pu sauver la situation en appliquant immédiatement un plan d’autonomie. Il ne l’a pas fait.

Ne craignez-vous pas que l’on vous accuse d’être proche du Polisario ?

Au Maroc, dès que vous critiquez le système, on vous soupçonne immédiatement d’être, soit gauchiste, soit islamiste, soit pour l’indépendance du Sahara occidental. C’est une façon pour le pouvoir de se voiler la face et de ne pas chercher à s’attaquer aux vrais problèmes.
Vous accusez les autorités de la province de Zagora de fermer les yeux sur le trafic de cocaïne.

Je suis revenu depuis une décennie dans cette région pour mettre en valeur l’oasis d’Oum Lâalag, qui appartient à ma famille, et pour développer le tourisme écologique dans le désert. J’ai vite découvert dans cette région, proche de la frontière algérienne, des mafias venues d’ailleurs. Elles se livrent au trafic de cocaïne. La drogue, venue d’Amérique du sud, est débarquée à Agadir, elle traverse le sud du Maroc, de l’Algérie, et depuis la Libye, elle remonte en Italie. C’est une route très peu surveillée. Ces mafias ont acheté des complicités au plus haut niveau dans la région de Zagora.

Le roi est-il au courant ?

J’en ai parlé à certains de ses conseillers, je leur ai donné des noms. Mais rien ne bouge. En revanche, j’ai été menacé à de multiples reprises, y compris par des membres de ma propre famille qui travaillent pour les trafiquants. Ma femme et mes deux enfants sont en Suisse, ils ne veulent plus venir à M’hamid et à Oum Lâalag. Je n’ai pas peur de répéter que des députés, des procureurs, des militaires travaillent pour des barons de la drogue. C’est pourquoi j’ai été jeté en prison à deux reprises. Heureusement, les gens sont venus manifester pour me soutenir durant ma grève de la faim.

La situation peut-elle s’envenimer ?

Il existe des alliances entre ces mafias de la drogue et Al-Qaïda au Maghreb islamique. Il n’y a pas que de la cocaïne qui transite dans cette région, mais aussi des armes. L’opinion publique l’ignore, mais on découvre parfois des caches d’armes dans le désert marocain. Des soldats sont tués lors d’affrontements. Mais tout cela reste caché. La presse est muselée. Je redoute que des terroristes ne viennent enlever des touristes dans cette région. Ce serait une catastrophe. Les hôtels se videraient, des dizaines de milliers de salariés se retrouveraient sans travail. Et comme le Maroc, miné par la corruption, est très fragile, tout peut arriver…

Propos recueillis par Ian Hamel

AMNESTY INTERNATIONAL
PUBLIC STATEMENT

Index: MDE 29/017/2010

Date: 29 July 2010

Morocco: Clarify the legal status of Dr Laabas Sbai’

Amnesty International has urged the Moroccan government to clarify the legal status of Dr Laabas Sbai’, who has been on hunger strike since two days after his arrest on 11 June 2010, apparently under an arrest warrant issued against him in 2006. He is currently being held at a hospital in Ouarzazet, where his health is reported to be deteriorating as a result of his hunger strike.

The arrest of Dr Sbai’ in Casablanca on 11 June 2010 is believed to be connected to his prosecution and imprisonment in 2006 on charges of insult and libel of the judiciary and public officials arising from remarks he made when he appeared as a witness in a case in which one of his employees was being prosecuted. As a result of his remarks, he is reported to have been charged with insulting officials and libel by the General Crown Prosecutor of Zagora. He is reported to have been arrested on 2 February 2006 and, before the end of that day,  tried, convicted and sentenced to a six month prison term while being denied time to consult a lawyer or prepare his defence. The Zagora appeal court subsequently confirmed his conviction, despite the serious procedural irregularities that had occurred, but cut his sentence by half. He went on hunger strike in protest and his imprisonment prompted wide criticism in Morocco and internationally. He was released a few weeks later, on 10 March 2006, when he says he was told by an official that he had benefited from a Royal Pardon issued by Morocco’s head of state, King Mohammed VI. However, he received no written notification confirming this.

It is unclear why Dr Sbai’ was rearrested on 11 June 2010 and the Moroccan authorities have yet to clarify this. It appears that they are seeking to enforce the prison sentence imposed upon him in 2006 despite the Royal Pardon which, he was told, was the reason for his release in March 2006.

According to as yet unconfirmed reports, Dr Sbai’ has complained to the authorities on several occasions about alleged criminal activities and smuggling in M’hamid el-Ghezlan, a region located in the south-east of Morocco in which he has been involved in developing ecotourism and other projects, and has accused the authorities of failing to investigate and take action against armed bandits and smugglers in the area. If so, this may have been a factor in his latest arrest. Women involved in development projects in M’hamid el-Ghezlan are reported to have held sit-in protests against Dr Sbai’s arrest and imprisonment earlier this month.  

In a letter to Minister of Justice Mohamed Naciri, Amnesty International called for clarification of the reasons and legal basis for the re-arrest of Dr Laabas Sbai’ and for confirmation that he was the subject of a Royal Pardon when previously imprisoned in 2006.

If his imprisonment is not directly related to the sentence imposed on him in 2006, Dr Sbai’ should be released immediately unless he is to be brought to trial promptly and fairly – including with due time and legal assistance to prepare his defence – on recognizable criminal charges.

Amnesty International – MENA Programme
1 Easton Street, London WC1X0DW  United Kingdom

Al Itihad, le 19.07.2010

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Libération 10 juin 2010

http://www.libe.ma/M-hamid-El-Ghizlane-Apres-la-contrebande-le-vol-des-dromadaires_a11901.html

M’hamid El Ghizlane : Après la contrebande, le vol des dromadaires

M’hamid El Ghizlane : Après la contrebande, le vol des dromadaires

 La zone frontalière de M’hamid El Ghizlane est une région propice aux activités illégales. Après le trafic de carburant, de cigarettes, de résine de cannabis qui risque de menacer la stabilité de la région, voici venu le temps du vol organisé de dromadaires. Deux accusés ont été déférés, lundi, au tribunal de Zagora, sur fond d’une plainte déposée par un jeune promoteur touristique de la région qui vient de perdre quatre de ses dromadaires.
Le voleur présumé est très connu dans la région pour ses actes répétitifs. Une histoire de portables, de jumelles de luxe et d’autres petits matériels a dévoilé la nature du dernier vol qui ne sera certainement pas l’unique méfait, vu la flexibilité et le laxisme avec lesquels autorités compétentes traitent ces questions. Il faut aussi souligner le manque de preuves et parfois la traversée nocturne de l’autre côté de la frontière, choses qui rassurent les voleurs.
La vie du désert s’organise dans la confiance et la solidarité. Dans les anciennes tribus nomades, le vol était considéré comme un crime grave contre la survie du groupe. Du coup, les bêtes sont souvent laissées libres d’aller et venir dans un périmètre délimité sous la surveillance des bergers ; parfois, elles vont plus loin… Mais il y a toujours quelqu’un pour les retrouver. C’est ainsi que cela fonctionne. Mais les voleurs qui sévissent dans la région, connaissent eux aussi le désert. Que vont  devenir ces dromadaires volés ? Selon les cas, leur destinée est variable : les marques du propriétaire peuvent être camouflées, et les bêtes conduites dans une autre région pour être revendues. Si elles n’ont pas de grande valeur, ou que le voleur ne veut pas prendre de risques, les bêtes  atterriront sur l’étal d’un boucher.
En fait, la victime, Lahcen, qui venait quelques jours auparavant de recevoir la reine Sofia d’Espagne qui est montée sur l’un des dromadaires volés, n’est pas un cas isolé. Plusieurs familles  sont  privées de leurs bêtes, de troupeaux entiers parfois, et ainsi condamnées à une sédentarisation précaire et sans ressources.
Les coupables… rarement châtiés. Quelques mois de prison, tout au plus. « Ce ne sont pas simplement quatre dromadaires qui manquent à l’appel, mais   quatre dromadaires de trop, la goutte qui a fait déborder le vase, si on veut dire », commente Lahcen qui a peur que « son procès emboîte le pas à d’autres affaires du même genre».
Dans la région de Mhamid El Ghizlane, on parle d’une véritable mafia et d’un réseau international. Ils sont d’anciens bergers, guetteurs, informateurs, transporteurs, revendeurs, bouchers, autant de personnes impliquées. Les dromadaires sont visés, mais ils ne sont pas les seuls : vaches, moutons, chèvres sont aussi appréciés par les voleurs.

Lettre au Ministre Délégué de l’Intérieur, restée sans réponse. Afin d’attirer son attention sur les manquements graves de certains responsables, le caid Ali Bouksim et le Procureur Lazhari, apparemment intouvchables:

Le 7 mars 2013

Votre Excellence, Monsieur Le Ministre Délégué à l’Intérieur,

Les derniers événements ont confirmé le teneur de mes précédents messages, concernant les trafics dans la région de M’hamid et leurs conséquences sur la sécurité de l’Etat et des citoyens dans cette région.

Un des principaux responsables de ce fléau, Mr. Ait El Kaid Lahcen, dit Lhou OUSSEHLOU, a été arrêté à Goulimine, il y a quelques semaines. Il est l’auteur de l’assassinat de Monsieur Lahcen BEIHI, le 30 décembre 2012 à Tafraout, dans la province d’Errachidia, pour faire taire un témoin gênant. La victime a été collaborateur à l’Intérieur comme Moukadam, parait-il. Selon plusieurs sources, c’était la 4e victime de ce grand trafiquant. Tout a commencé avec le vol de chameaux, en 2003-2004. Ait El Kaid Lahcen et sa bande ont décimé le cheptel des chameaux des pauvres nomades de la région, pour alimenter leurs trafics de drogue.

Pour comprendre cette incroyable histoire, il faut remonter à juin 2004. Les faits :

  1. Un comité de vigilance animé par mon frère le L. Sbai a été créé début 2004, pour traquer les voleurs de chameaux et les dénoncer aux autorités.
  2. Le 10 juin 2004, des membres vigilants ont repéré Ait El Kaid Lahcen avec deux complices et leurs motos, près d’Iriqui, à 100 kms à l’ouest de M’hamid, en train de voler un troupeau de chameaux. La traque en motos s’est poursuivi jusqu’à M’hamid, tôt le matin vers 4h00. Ait El Kaid Lahcen a réussi à se réfugier chez des proches et à jeter un fusil et des balles avant d’entrer à M’hamid.
  3. Mon frère a alerté aussitôt l’adjudant de gendarmerie, Ahansal à 6h00 du matin, le 11 juin 2004. Celui-ci a confirmé qu’il a trouvé les balles (elles étaient étalées sur son bureau !), mais pas le fusil, parait-il(?).
  4. L. Sbai a fait pression sur l’Adjudant Ahansal pour qu’il dénonce ce trafiquant et la détention d’armes, au Procureur Lazhari à Zagora. En précisant que ceci est un précédent grave pour la sécurité de la région et la quiétude des habitants.
  5. Ait El Kaid Lahcen, effectivement, a été arrêté et remis par l’adjudant Ahansal au Procureur Lazhari à Zagora.
  6. Surprise, le Procureur n’a retenu que la conduite de moto sans papier et l’a libéré après quelques semaines.
  7. L. Sbai a alerté le gouverneur Biognache pour ce manquement de la justice, en vain. On lui a fait comprendre que le procureur Lazhari est intouchable (il est l’ami d’un homme puissant à Rabat !)
  8. Le Caid Ali Bouksim a exprimé ouvertement son hostilité au Dr. L. Sbai et son soutien au procureur et a tout fait pour étouffer l’affaire Ait El Kaid Lahcen.
  9. Le procureur Lazhari et le caid Bouksim ont décidé d’écarter le danger du Dr. L. Sbai par tous les moyens.
  10. Le 2 février 2006, ce plan a commencé par l’arrestation et l’emprisonnement du Dr. L. Sbai. La suite, on la connaît : L. Sbai a exprimé au tribunal ce que tout le monde savait et redoutait :

Si on n’attaque pas maintenant ce trafic de chameaux et de cigarettes, c’est le trafic de drogue et des armes qui va suivre, en pointant du doigt le procureur de Zagora et le caïd de M’hamid dans leur laxisme, voir leur complicité.

  1. En étouffant la première affaire Ait El Kaid Lahcen le 11 juin 2004, ces responsables ont permis cette dérive grave vers la situation actuelle.
  2. Le vol des chameaux s’est poursuivi et toutes les personnes arrêtées ou dénoncées ont été libérées ou détenues pour quelques semaines, juste le temps pour qu’ils remercient le procureur Lazhari, pour services rendus. Plusieurs affaires ont été étouffées, la liste est longue, jusqu’à ce que le procureur Lazhari soit muté à Roumani, près de Rabat (souhaitant qu’on le surveille de près et qu’on le confronte à Ait El Kaid Lahcen!). Quant au caïd Bouksim, il a été promis pacha à Tata !
  3. Le 22 novembre 2012, 10 trafiquants avec 1.7 tonne de drogue, en caravane de chameaux, étaient arrêtés par les autorités algériennes (voir message précédant envoyé le 10 décembre). Affaire en cours…
  4. En tant que citoyens vigilants, et dans l’éducation qu’on a reçue de notre père, Hdj Mohamed Cheïkh SBAI, à servir notre pays et ses intérêts supérieurs, nous vous invitons à examiner ce cas symbolisant tant de dérives ces dernières années, avec objectivité et fermeté. Notre nouvelle constitution invite tous les citoyens à s’impliquer dans la bonne gouvernance judiciaire, administrative et environnementale dans un Etat de droit et non des responsables s’attribuant tous les droits.

Connaissant votre intégrité et votre étique pour cette bonne gouvernance, on a confiance à que ce message aura un suivi objectif et efficace.

Cordiales salutations

Dr. Ali SBAI


 

Poésie du désert

إن اُغلق باب فذاك شر          وأبواب خيرٍ كثيرةٍ تُفتحُ

وأستعن برب الكون دوماً       فالشريف بشتم اللئيم يُمدحُ

ولا تخشى كثرة الضجيج        فالكلب من شدة الخوف ينبحُ

ولا تُضيع في الانتظار وقتك    فليلة الخير عند عصرها تضحُ

و تسلح بالصبر فالمرؤُ         بعد فقدان الأعصاب يُفضحُ

ولا ترُد على فاقد العقل         فالصمت لجواب الأحمق أصلحُ

 محمد على السباعى

Traduction:

Si une porte se ferme, c’est un mal évité,  d’autres portes du bien s’ouvriront

Compte toujours sur le Créateur de l’Univers, l’insulte du noble par le minable est un éloge

Ne craint pas l’intensité du brouhaha, le chien n’aboie que sous le stress de la peur

Ne perd pas ton temps dans l’attente, la belle soirée s’annonce déjà l’après-midi

Arme-toi de patience, l’être humain,   après la perte de nerfs, se découvre

Ne répond pas au diminué d’esprit,   le silence est la réponse adéquate à la folie

Mohamed Ali SBAI

Mohamed Cheikh SBAI, dernier Lion du Désert

« Mohamed Ali, je te laisse les clefs et transmets mes salutations à Lehjeila« , suivirent des embrassades très émues… Sur son visage sublime, fraichement rasé, après l’opération qu’il venait de subir avec succès à la clinique Agdal à Rabat, les larmes aux yeux, je n’ai jamais senti une odeur aussi belle.

 Nous sommes le samedi 29 janvier 2005, je venais d’effectuer le voyage le plus douloureux de ma vie, le plus long aussi, non pas en terme de kilomètres mais d’émotions. Ce périple nous a vu quitter l’hôpital sinistre de Ouarzazate, le vendredi 28 janvier vers 15 heures, après plusieurs discussions avec les médecins, les frères, les sœurs, tournant autour d’une seule question: fallait-il amener mon père, le lion du désert, pratiquement inconscient, du fait de complications cardiaques aigues, à une clinique à Marrakech ou à Rabat mieux équipée. Dans un petit moment de lucidité, mon père m’annonça, sur un ton clair: Mohamed Ali, sort moi d’ici. Je n’ai pas hésité un seul instant à organiser dans l’heure qui suivit son transfert, d’abord à Marrakech, ensuite à Rabat.

 Alors que je traversai l’atlas, défilaient dans ma tête les principales étapes de la vie de ce grand homme auxquelles j’étais témoin, parfois privilégié, étant les relations particulières nous liant dépassant souvent le cadre père-fils pour se classer dans une amitié hors norme. Un jour d’été 1995 en Suisse, alors qu’on se détendait sur une terrasse surplombant le beau lac Léman, dans un élan de gaieté, de joie et d’humour, il m’interpella, sans doute pour me mettre à l’aise: Mohamed Ali, un père choisit souvent un ami parmi ses fils. Message reçu cinq sur cinq. On a rarement autant ri et plaisanté. Il avait un art consommé d’ajouter une pointe d’humour aux discussions les plus sérieuses, de répondre souvent par métaphore, proverbe ou image qui rendaient superflu toute explication… Il avait un souci délicat à mettre ses interlocuteurs à l’aise, ne les prenant pas de dessus, ne jouant pas le donneur de leçons et se souciant, sans cesse, de la précision et la pertinence des faits qu’il déclinait sur un ton inimitable !

J’ai compris pourquoi Lehjeila, ma mère, femme lettrée, polyglotte, ayant maîtrisée tout ce qui peut s’acquérir comme savoir au désert autrefois, a jeté son dévolu sur toi alors qu’elle était sollicitée par les plus riches des nomades, les plus lettrés aussi, comme les familles Sid El Madani et Sidi El Konti qui estimaient que cette lumière doit rester dans le cercle des Oulemas (gens du savoir). S’était ne pas compter avec le fort caractère et la clairvoyance de cette jeune bédouine débarquant à M’hamid, sur son chameau Lehmami, à la fin des années 40, après un périple de plusieurs semaines qui l’a menée de Bir Oum Grein, en Mauritanie, jusqu’à M’hamid. A ses confidentes, notamment sa soeur Guabel, elle disait qu’elle n’a pas vu quelqu’un comme Mohamed Cheikh, de tout ce qu’elle a croisé au désert. Quel hommage!

A l’issue de l’opération menée, le samedi 29 janvier 2005, par le Professeur Chaara de la clinique Agdal, celui-ci m’annonça son succès et me demanda de le suivre suite à la demande de mon père à me voir. Surpris de le voir, allongé sur son lit, dans un autre état, souriant et vif, il m’accueilli avec cette phrase qui me bouleversa : Je savais que celui qui a un tel trésor, n’est pas perdu. De bonheur et de joie, je l’ai serré contre moi et lui dis, gêné : c’est toi le trésor. On a passé près de trois heures intemporelles que je ne peux jamais décrire, et pour cause. Dans sa voix, je sentais la sérénité de celui qui était prêt à quitter un monde éphémère vers l’éternité… En glissant sa main dans la mienne, au bout de ce dernier voyage ensemble, il m’annonça : je te laisse les clefs et embrasse Lehjeila(sa petite fille). Je m’éclipsai aussitôt pour attraper mon vol pour Genève avec le sentiment du devoir accompli, après le succès de l’opération, mais avec une lourde responsabilité quant à son énigmatique message. Quelles clefs m’a transmis-t-il? Et comment m’en servir ? Dans l’avion, j’ai noirci un feuillet de quelques lignes, pour me libérer de l’étreinte des deux questions qui interrompaient, sans cesse, le défilement des événements dans ma mémoire.

 Deux semaines plus tard, le 13 février 2005, cette légende s’éteignit paisiblement au cœur de l’Atlas, à Taddert à 90 kms au sud de Marrakech, en récitant doucement la sourate « Azzalzala, le tremblement » : Quand la terre, délivre son témoignage sur l’action des hommes, lors du dernier jugement! Une terre où il retourna, à côté des siens : son père Sidi Labbas, sa mère Lalla Steira et sa première épouse Lehjeila, ma mère, ensevelis près du mausolée Sidi Khalil Es-Saieh, son grand père, le saint errant. L’errant ? Parce que Sidi Khalil, un des esprits les plus érudits du désert, a compris très tôt qu’en errant au milieu des animaux, plusieurs années durant, il avait plus de chance à percer les mystères de la vie, loin de la cupidité des hommes… A t-il réussi ? Il est parti avec son secret dont son petit-fils, Mohamed Cheikh, en a capté certainement quelque chose… Les légendes continuent d’alimenter ce débat sur les mystères de la communion entre l’homme et l’animal, à l’instar de l’histoire emblématique de Saint François d’Assise vécue, sur un autre continent, plusieurs siècles plus tôt !  

Qu’ai-je perdu ce dimanche 13 février 2005, un père ou un ami. Certainement les deux.

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Mohamed Cheikh SBAI a rejoint son Créateur, le 13 février 2005

Journal Al Attihad AlIchtiraki 14 février 2005

 Est venu le moment, enfin, de noircir quelques pages, en sa mémoire dans laquelle se bouscule les images, les événements et les réflexions, avec en filigrane cette question, toujours actuelle : Comment raconter l’essentiel, sans tomber dans l’anecdotique ? Pour permettre, aussi, aux nouvelles générations d’avoir un regard lucide et objectif sur l’Histoire du Maroc, de 1953 à 2005, à travers le parcours de ce lion du désert qui, très tôt, a démystifié l’homme surtout quand celui-ci a le pouvoir ou prétend l’avoir sur les autres hommes!

Mohamed Cheikh qui ignorait tous les défis jusqu’à dire, par fièrté, qu’un homme est sur la terre ou sous la terre. Toi le lion du désert, l’homme qui a lutté contre  l’arrogance du pouvoir de Hassan II et qui a défié, chaque fois qu’il fallait être du côté de la justice, les gens du pouvoir et craint, en tout temps et en bon croyant, l’unique Pouvoir, celui de Dieu, le Tout Puissant. Oui, tu me disais, avec ton regard perçant: Mon fils, celui qui craint Dieu ne craint personne et celui qui ne craint pas Dieu craint tout le monde. Quel sens de la verticalité, Mohamed Cheikh, fils de Sid El Abbas, Oueld Sidi Khalil Es-Saih, le Saint errant, et de Lalla Steira, la sainte, qui t’ont transmis certainement la sève de la Foi et de la noblesse. Tes défis légendaires à toute dérive des gens du  pouvoir dans ta région et même, à l’échelle nationale, quand il était devenu clair dans les années soixante, après la disprition de ton ami Mehdi Ben Barka, que ton camp est désormais celui de ceux qui allaient subir une décennie noire (1965-1975) de répression et de marginalité. Paradoxalement, ce sont ces années-là qui font jaillir de ma mémoire les plus beaux et les plus forts des souvenirs avec toi.

 Pour comprendre ce qui suit, il est important de décrire M’hamid El Ghizlane, fief de Mohamed Cheikh, à travers trois contextes : géographique, ethnique et historique, par ailleurs liés.

 M’hamid El Ghizlane se trouve au coude du Draa, le long fleuve du même nom, à 250 kms au sud-est de Ouarzazate, à la porte du désert et donnant accès aux grandes pistes caravanières menant du sud marocain vers Tombouctou, au sud, et vers la Mauritanie, au sud-ouest. Cette position stratégique lui a conféré un rôle historique dans la conquête des espaces sahariens et sub-sahariens par les différents empires marocains, notamment au temps des Saadiens où M’hamid a eu son âge d’or en représentant la tête de pont des armées d’Ahmed Al Mansour vers le sud. A cette époque, la monnaie de l’empire Saadien était frappée à Kasbet Laalouj, près de M’hamid et une grande douane était installée filtrant les trafics caravaniers partant du Maroc vers Tombouctou ou venant de celle-ci. Ceci pour la géographie. 

Quant à l’histoire de M’hamid El Ghizlane, sans remonter très loin, intéressons-nous à celle de la présence française, l’indépendance, les années de plomb et le Maroc actuel, à la croisée des chemins, dans le contexte du printemps arabe qui est en train de redessiner la carte politique d’un monde qui sort de près d’un demi-siècle de léthargie, sans savoir où il va.

 M’hamid a eu le privilège d’être le dernier point marocain à tomber, en 1932, sous le protectorat français présent au Maroc depuis 1912. Cette lenteur s’explique du fait que le Maréchal Lyautey s’est intéressé d’abord au Maroc utile, autour de Rabat  – Fez – Casablanca – Marrakech. 

 Janvier 1932, l’épilogue de la guerre civile qui a ensanglanté M’hamid 1930-1932 se précise enfin avec l’arrivée des français qui, après avoir pacifié le Jbel Saghro et conquis sans problème la vallée du Draa, s’apprêtaient à investir la plus grande palmeraie du sud Marocain et stratégiquement la plus importante puisqu’elle ouvre leur domination au grand Hamada du Draa pour faire jonction avec la région d’Iguidi et Zegdou déjà conquise en Algérie voisine. Ce dernier épisode fut facilité par la guerre tribale opposant la très fière tribu des Ait Khabbach, à la non moins fière tribu d’Arib ou du moins la partie qui s’est regroupé autour de la famille Sidi Khalil, le mystique marabout surnommé le Saint Errant “Sidi Khalil Essaieh ». La tribu Arib, issue des Arabes Maaquil qui ont conquis l’espace désertique du Draa au début de l’invasion (ou conquête, selon) arabe aux 8-9ème siècles. Les historiens expliquent cette présence du fait que la région du Hamada du Draa ressemble à leur espace d’origine en péninsule arabique et au Yémen: désertique avec des Oasis d’où la possibilité de mener une vie semblable …

 La tribu d’Ait Khabbach est connue pour son caractère guerrier et dominateur. Ce qui lui a valu crainte et estime dans tout le sud du Maroc. Chassés par les Français de la région de Saghrou et du Tafilalet, les Aït kabbach se sont rabattus naturellement sur M’hamid et sa région, le seul espace non conquis alors par les Français et que sa prise pouvait présenter une belle revanche sur ces mécréants roumis et un repaire de harcèlement. Cependant le principal obstacle à vaincre est d’écarter le très puissant chef de M’hamid, Sidi Mohamed Ould Sidi Khalil, qui règne sur tout l’espace désertique allant de M’hamid à Zegdou et Tawdenni, la célèbre mine de sel sur l’axe caravanier menant de M-hamid à Tombouctou. Sidi Mohamed s’est imposé aux Français comme principal interlocuteur dans cette région et a signé avec eux un accord de non-agression, en 1926, lui permettant de gérer la région de M’hamid et surtout contrôler le commerce caravanier, très actif, au début du siècle. Avant d’engager l’épreuve de force avec Sidi Mohamed, le très puissant chef des Aït Khabbach, Moha Ould Akhrabich, a tenté de soudoyer des factions de la tribu Arib sensibles à une lutte contre les Français représentant une menace sur l’islam. Cet argument a pu toucher la faction Legouassem, très sensible à tout ce qui touche à la religion. Ils n’ont jamais pardonné à Sidi Mohamed ses arrangements avec les Français et son monopole du commerce caravanier. En 1927 tous les ingrédients explosifs étaient réunis pour aboutir à la confrontation sanglante. Encouragé par l’attitude hostile d’une partie des habitants de la région envers Sidi Mohamed. Notamment Ouled Sahel, à Tagounit,  les Drawa de M’hamid, les Beni M’hammed à Talha et une partie des nomades d’Arib et Nouaji reprochant à Sidi Mohammed son attitude inhospitalière envers Ait Khabbach, leurs puissants protecteurs et valeureux combattants contre les français. L’absence de ces derniers dans la région a ouvert la voie, tout naturellement, à la dernière guerre civile dans cette région.