Le combat du Dr. Labbas SBAI pour un tourisme responsable

Le 6 février 2006

Doit-on faire le procès de la corruption, et donc des corrompus, ou de celui qui les dénonce.

La réponse paraît simple quand on sait les attentes de la population pour une bonne gouvernance politique, administrative et judiciaire…

Cependant ce qui vient de se passer au tribunal de Zagora le vendredi 3 février 2006 montre, si besoin est, qu’il y a un long chemin à faire encore, en dépit des bonnes volontés. Revenons aux faits :

Le Docteur Labbas Sbai, originaire de M’hamid et ayant la double nationalité Marocaine et Suisse, a été arrêté le jeudi 2 février sur ordre du Procureur du Roi, Monsieur LAZHARI Abdelaziz, écroué et présenté au tribunal le vendredi à 15 :00, jugé d’une manière expéditive, sans aucune préparation de sa défense ni accès au dossier. En mois d’une heure il a été reconnu coupable d’outrage à magistrat, de provoquer le désordre dans un lieu public, etc., et condamné à 6 mois de prison ferme, applicable de suite. Transféré, avec des moyens dignes de la maîtrise d’un criminel, menotté et escorté avec plusieurs voitures de police à Ouarzazate (166 Kms). Il a décidé de faire la grève de la faim, et maintenu ses accusations de corruption et de comportement mafieux de 3 hauts responsables qui peuvent être étayées par des preuves le cas échéant. On ne lui a laissé aucune possibilité de développer ses arguments et la sentence est tombée pour faire taire cette voix très gênante. On croît revenir à des scénarios dignes des années de plomb, dans le Maroc de 2006.

Selon les dernières nouvelles, son état physique actuel est très critique. Car, outre la grève de la faim, qui est de sa propre volonté, il a subi en prison un dérangement psychique permanent pour le faire craquer.

Actuellement, des démarches sont entreprises auprès des autorités suisses, puisque Le Dr. Labbas Sbai est citoyen suisse, mariée à une suissesse et père de deux enfants, pour saisir les autorités marocaines au plus haut niveau sur ce cas d’une atteinte grave aux droits de l’homme.

D’autre part le Dr. Labbas Sbai est fils d’un grand résistant feu El Hdj Mohamed-Cheick Sbai, compagnon de libération de feu Sa Majesté Mohamed V dans le sud (voir les documents de la visite historique du Père de l’indépendance à M’hamid El Ghozlane le 25 février 1958).

Vu la gravité de la situation on souhaite la libération du Dr. Labbas Sbai immédiatement et un appel de son procès, afin qu’on juge peut être la corruption et non celui qui la dénonce.

Veuillez recevoir nos respectueuses salutations

Comité de soutien au Dr. Labbas Sbai

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Le journal hebdomadaire : 4-10 mars 2006

Tel Quel mars 2006: Par Abdellatif El Azizi

A M’hamid Lghizlane, Labbas Sbaï, médecin et hôtelier, a eu l’outrecuidance de dénoncer les autorités qui tolèrent, dans un silence complice, le trafic de chameaux, cigarettes et haschich dans cette zone-frontière entre le Maroc et l’Algérie. Son “J’accuse” lui a coûté six mois de prison.

“Dieu est grand, il rendra justice au docteur” ! Tout Mhamid est sous le choc. L’arrestation du Docteur Labbas Sbaï a mis en émoi la petite bourgade de M’hamid Lghizlane Le chirurgien à la double nationalité, marocaine et suisse, a été arrêté le jeudi 2 février, sur ordre du
procureur du roi à Zagora. Il a été présenté au tribunal et jugé au cours d’un procès expéditif, le lendemain, avant d’être conduit à la prison de Ouarzazate, menotté et escorté par plusieurs voitures de gendarmes, reconnu coupable d’outrage à magistrat, de désordre dans un lieu public et condamné à six mois de prison ferme, applicables de suite. Un jugement en appel devrait être prononcé incessamment à Ouarzazate alors que l’avocat attend toujours le transfert du dossier de son client pour pouvoir au moins lui rendre visite en prison !

Le “J’accuse” du médecin
“Je sentais venir la machination depuis le 23 janvier 2006, date à laquelle je me suis présenté devant le procureur pour assister au procès d’un de mes employés, accusé par le caïd de M’hamid d’avoir tué un âne”, raconte le médecin. L’accusation avait d’abord été portée contre lui, avant que les autorités ne fassent marche arrière pour faire endosser à l’un de ses ouvriers la responsabilité du “meurtre”. Que lui reproche-t-on cette fois-ci ? Officiellement, un comportement injurieux à l’égard des magistrats. En prison, il décide de faire la grève de la faim. “Je maintiens mes accusations de corruption et de comportement mafieux de trois hauts responsables autoritaires de la région”, s’indigne-t-il. Officieusement, les autorités lui en veulent d’avoir mis à nu leurs supposés liens avec les trafiquants de contrebande en tout genre transitant par la frontière maroco-algérienne. Du côté du tribunal de Zagora, l’omerta est de mise. Les gens ont peur de parler de ce qu’ils appellent “une sale affaire”.

Le médecin, qui a abandonné une carrière prestigieuse de chirurgien en Suisse pour monter et développer une structure hôtelière dans sa région natale, est donc coupable d’avoir proféré un “J’accuse” tonitruant. Il en veut aux autorités locales de laisser faire. En fait, son inimitié avec le caïd et le procureur remonte plus précisément à près de trois ans, lorsque l’étendue du trafic commence à lui faire du tort. En effet, d’après le témoignage d’un agent des forces auxiliaires, “depuis plus de trois ans, une bande de nomades surgie d’on ne sait où, s’est installée aux alentours du bivouac du docteur, situé à 50 km de M’hamid, à quelques kilomètres à peine de la frontière algérienne. Ces nomades harcèlent les touristes qui descendent là-bas et ont agressé physiquement à plusieurs reprises le personnel du campement”.

“Notre oasis étant située non loin de la frontière algérienne, c’est hélas un passage important pour tout le trafic de contrebande (cigarettes, dromadaires, haschich …). Sbaï était dernièrement très inquiet de la situation, et craignait entre autres pour la sécurité des touristes et de nos clients”, précise son associée suisse, Laurence Humbert- Bajracharya. Quelle est la réalité de ces accusations ?

L’origine de la contrebande
Pour comprendre et décrire le phénomène des trafics en tout genre que connaît la région, il faut revenir aux années difficiles. Avec les sécheresses successives, les affaires n’ont pas été particulièrement bonnes pour les fellahs et de nombreux individus, parias des tribus voisines, se sont reconvertis dans le trafic. Pour Jamal Agkbib, le président de l’Association des amis de Zagora, l’essor de la contrebande est une conséquence directe de la misère noire qui sévit dans la région. “La sécheresse a poussé les gens à chercher des moyens pour survivre, les moins scrupuleux ont pris le parti de s’investir dans la contrebande”.
Sauf qu’aujourd’hui et de l’avis de nombreux fonctionnaires, le phénomène est en train de dépasser le cadre régional : le trafic de cigarettes, le vol de chameaux et le haschich qui, lui, traverse en sens inverse la frontière vers l’Algérie, brassent des sommes d’argent trop importantes pour les ambitions des nomades qui se contentent souvent de peu. “Les véhicules tout terrain dernier cri, les grosses motos et les téléphones cellulaires que l’on saisit souvent sur les contrebandiers, prouvent que cette région est en train de devenir une véritable base-arrière pour des mafias bien organisées”, rappelle un gendarme qui a quitté la région. Il semble que le trafic limité au vol des chameaux et piloté au départ par quelques tribus locales, un pied au Maroc et l’autre en Algérie, est en train de devenir totalement incontrôlable. Quant aux paysans, le vol répété de leurs chameaux les met dans une situation intolérable.

Un malaise social s’installe
Assis sur sa natte devant une maison en pisé qui sent le renfermé, Haj Ali soupire à l’évocation de ses chameaux. Il confie, dans le frémissement des feuilles de palmiers, qu’il a dû à plusieurs reprises se mobiliser, malgré son âge, pour battre campagne et retrouver la trace de ses bêtes, volées à trois reprises par des bandits de la région. “Le comble, c’est que, non seulement j’ai réussi à reprendre mes chameaux qui ont été acheminés vers Ouarzazate pour y être vendus mais j’ai aussi communiqué aux gendarmes les noms des auteurs du vol. Figurez vous qu’ils sont passés devant le tribunal de Zagora et s’en sont sortis avec deux mois de prison avec sursis chacun !”. Un autre propriétaire, terrorisé à l’idée de parler à un journaliste, préfère raconter le quotidien des gens du coin, des paysans dépossédés de leurs maigres ressources et obligés de vivre dans ce bled plutôt que d’émigrer vers Smara comme tous les autres. Aujourd’hui, pour défendre leurs chameaux et parfois même leur vie, les paysans se sentent pris entre deux feux, la férocité, les moyens énormes des contrebandiers et le silence complice des autorités quand ce n’est pas carrément les menaces du caïd du coin. “M’hamid est en train de devenir un vrai Far West”, commente un instituteur qui n’en revient pas de voir une région aussi belle et des gens aussi pacifiques en proie à cette insécurité ambiante.

Pour sa part, le docteur Sbaï qui croupit derrière les barreaux de la prison de Ouarzazate pense avoir rempli son devoir d’honnête citoyen en insistant auprès des autorités pour qu’elles interviennent au nom de la justice, avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il les a suppliées même, leur a dit combien leur silence est louche. Mais il est des secrets qu’il n’est pas bon d’avoir surpris. “Au lieu de faire le procès de la corruption, et donc des corrompus, on a préféré faire le procès de celui qui les dénonce” s’indigne son frère Ali, un physicien de renommée internationale travaillant à Genève pour le compte de l’ONU.

En attendant, les habitants de M’hamid qui ont vaillamment et spontanément repoussé les attaques des mercenaires du Polisario en 1980 livrent à mains nues leur dernière bataille contre la mafia des chameaux. On murmure que les uniformes de tout poil qui quadrillent la région se remplissent les poches d’une façon éhontée en prélevant une dîme au passage. Encore faudrait-il pouvoir le prouver !

Trafic. Frontières-fantômes

C’est à une trentaine de kilomètres de M’hamid, qui fut au XVIème siècle le point de ralliement avec Tombouctou, que se dressent les limites frontalières invisibles entre l’Algérie et le Maroc, invisibles parce que les maigres effectifs des soldats qui squattent des postes frontières espacés de plusieurs dizaines de kilomètres ne peuvent rien contrôler. La frontière est une véritable passoire et on y croise souvent des nomades et des chameliers qui vont et viennent des deux côtés avec une facilité déconcertante. Quand le climat politique entre le Maroc et l’Algérie n’est pas au beau fixe, les chameliers s’abstiennent de franchir les dunes de sable mais leurs chameaux, eux, ne s’en privent guère. “Quand la sécheresse est trop forte, on lâche les chameaux qui, guidés par l’instinct de survie, n’hésitent pas à passer de l’autre côté, à la recherche de la moindre végétation” commente un chamelier de la région qui ajoute qu’une fois rassasiés, les bêtes font le retour en chemin inverse, ce qui n’empêche pas les Rguibat de l’autre côté de la frontière de faire de même avec leurs bêtes.

Source: Telquel

Surprise et confusion !

Suite à une mobilisation nationale et internationale intense, notamment l’intervention d’Amnesty internationale, le Dr. Labbas Sbai a été libéré le 10 mars 2006 de la prison de Ouarzazate. Les conditions de cette libération n’ont cependant pas été claires, car le Dr. Labbas Sbai voulait un vrai procès de la corruption de la justice à Zagora, la source du problème, et il a refusé naturellement de signer la demande de grâce, arguant le fait que si on fait taire son cas on ne règle pas le problème, très actuel, de la corruption du Procureur à Zagora qui au yeux de toute la population personnifie le paroxysme de ce fléau dans cette région et peut être dans tout le pays.

Cette libération était un répit trompe-l’œil : Il sera arrêté de nouveau le 11 juin à Casablanca pour purger un solde de peine, vieux de 4 ans et demi. L’injustice est intraitable pour faire taire une voix trop gênante !

Historique du combat du Dr Labbas SBAI pour une bonne gouvernance au Maroc

Genève le 3 août 2010

Communiqué du Comité de soutien pour la libération du Dr. Labbas SBAI

Bonjour à tous,

Dr Labbas SBAI vient d’être libéré du pavillon carcéral de l’hôpital d’Ouarzazate, après un mois et 22 jours de détention et une grève de la faim entamée depuis le 17 juin !

Quel soulagement. Mais quelles interrogations aussi !

Avant d’analyser à chaud ce qu’on vient de vivre, nos pensées vont à lui pour ce qu’il a subit, pour son courage et sa dignité et enfin, plus important, pour ce qu’il a dénoncé qui, hélas, reste d’actualité avec un procureur à Zagora personnifiant, à outrance, ce que le Maroc, que nous aimons tous, doit éviter. Mieux, doit combattre !

Car tout est parti de là, il y a quatre ans. Pire, ce qui a été dénoncé en 2006 s’est aggravé au fils des mois et le rôle de ce procureur est devenu central de ce qui est convenu d’appeler : une collision avec un phénomène inquiétant de vols de chameaux et trafics en tout genre, dont la drogue. L’Etat doit agir. Il n’a qu’à interroger les victimes dans cette région et mener des enquêtes adéquates et transparentes pour identifier les complaisances, voir les complicités. Dr Labbas SBAI et d’autres ne font qu’appeler au respect et à l’application des principes élémentaires pour combattre ces fléaux qui ravagent le Maroc aujourd’hui.

 Merci pour votre soutien et votre écoute.

Comité de soutien pour la libération du Dr. Labbas SBAI

http://www.bladi.net/labbas-sbai.html

http://oumma.com/Le-docteur-Labbas-Sbai-La-premiere

*Le Procureur Lazhari a été muté à Roumani depuis une année. Il continue à sévir et se servir ! Quelle honte pour la justice dans notre pays

Voir également :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4894aa80-92ac-11df-9d68-96ffae1b7a54/Emprisonn%C3%A9_au_Maroc_un_Suisse_crie_%C3%A0_linjustice

« On demande au porte parole des victimes de demander des excuses… et aux victimes de se taire ! »… Sauf quand l’affaire prend des proportions internationales…

La morale de cette histoire : les apprentis sorciers, qui ont longtemps cru au triomphe du mensonge, sont rattrapés par les faits !

Dans cette histoire, le Procureur Al Azhari, au tribunal de première instance à Zagora, symbolise toutes les dérives de la justice au Maroc :

Corruption, trafic d’influences, protection des trafiquants, abus de pouvoir, … etc. Se sentant intouchable grâce à une relation privilégiée avec un haut responsable à Rabat, il a fait subir à la région de Zagora le plus grand arbitraire au niveau de la justice depuis l’indépendance. Maintenant il est muté à Roumani, près de Rabat. On souhaite qu’avec les nouvelles autorités judiciaires, on le surveillera de près…

3 août 2010

Epilogue : à 10h, libération du Dr. Labbas Sbai. Délivrance et interrogations !

Article du journal Le Temps, 19 juillet 2010

31.07-3.08 : Boucliers humains (les sœurs) autour du Dr. Labbas Sbai pour empêcher son transfert à la prison ou à Marrakech !

19 juillet 2010

La journaliste Valérie De Graffenried écrit un article dans le Journal Le Temps :

« Emprisonné à Ouarzazate, un Suisse crie à l’injustice ». Voir :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4894aa80-92ac-11df-9d68-96ffae1b7a54/Emprisonn%C3%A9_au_Maroc_un_Suisse_crie_%C3%A0_linjustice

Le Département Fédéral des Affaires Etrangères (DFAE) assure suivre l’affaire de près. L’Ambassadeur Suisse à Rabat confirme qu’une visite au prisonnier d’un officiel de l’Ambassade aura lieu le vendredi 23 juillet 2010.

17 juillet 2010

Une responsable d’Amnesty International (AI) à Londres, Samira Bouslama, contacte le Dr. Labbas Sbaï par téléphone. Son frère avait transmis le dossier à AI le 15 juin 2010. Des actions d’AI sont attendues ces prochains jours, notamment des pressions sur la justice marocaine à bien traiter le prisonnier et contribuer à une libération rapide… AI est en contact avec la famille de la victime et son comité de soutien.

 

16 juillet 2010

Dr Labbas Sbaï envoie une lettre à l’Ambassadeur Suisse à Rabat, de l’hôpital où il est admis, sous surveillance, depuis le 8 juillet. Dans cette lettre, il rappelle les faits et souligne les conditions arbitraires de son arrestation et les raisons incohérentes données par les responsables de la justice et avance les vraies raisons ayant mené à le museler ! La collusion des gros trafiquants et des responsables locaux. Le tout pour faire taire une voix qui dérange !

 

15 juillet 2010

Les choses commencent à bouger :

Le journal suisse LeTemps et Amnesty International s’emparent de l’affaire. Ils prennent contact avec les proches et mènent leurs enquêtes. Il semble qu’il s’agit effectivement d’un cas d’opinion qui relève des droits de l’homme. Le fait qu’il est citoyen suisse ajoute une pression supplémentaire !

 

14 juillet 2010

Amnesty International a contacté le frère de la victime, Ali Sbaï, sur la base du dossier envoyé le 15 juin 2010. Selon leurs dires, ce cas relève de leurs priorités dans la région.

 

Toujours le silence inquiétant de l’Ambassade Suisse qui attend un formulaire de la prison pour agir, la direction de la prison tarde à le fournir. Quel cercle vicieux, pendant qu’un prisonnier d’opinion croupisse en prison !

 

8 juillet 2010

Après examen médical, il a été décidé de le maintenir à l’hôpital depuis le 8 juillet. Il poursuit cependant sa grève de la faim, sous contrôle médical heureusement.

7 juillet 2010

Vu l’évolution dramatique de l’état de santé du Dr. L. Sbai. C’est seulement hier le 6 juillet qu’on l’a transmis à l’hôpital après plus de 25 jours d’emprisonnement dans des conditions déplorables : le prisonnier d’opinion et militant des droits de l’homme doit partager sa cellule avec une vingtaine de prisonniers de droit commun dans une chaleur de 30 à 40 degrés !!! C’est inadmissible !

15 juin – 20 juillet 2010:

Les autorités on dépêché des renforts de police et de l’armée à M’hamid pour dissuader les gens de manifester. Ce qui n’a pas impressionné les femmes nomades, admirables de courage et de dignité devant la tente campée devant la Caïdat de M’hamid (Voir photos et vidéo de la manifestation du 26 juin). Sur l’affiche portée par les femmes : Les habitants de M’hamid demandent la libération du Dr Labbas Sbai et non à la justice arbitraire !. Sur la vidéo, on voit une intifada de jeunes investissant l’entrée de la Caïdat (Préfecture) de M’hamid.

Depuis le 15 juin, dans un élan de solidarité sans précédant et d’une manière continue, la population de M’hamid organise un sit-in animé par les jeunes de M’hamid (la plus part des diplômés chômeurs d’une région oubliée !). Des appels à la libération du Dr. L. Sbai et une bonne gouvernance administrative et judiciaire sont réclamés. Ce rassemblement a permis la collecte des doléances de la population de cette région victime du vol de chameaux, des trafics de tout genre, des failles de la justice… Tous pointent du doigt la corruption personnifiée par le procureur, Abdelaziz Lazhari, qui est à l’origine de l’emprisonnement d’un des leurs : le Dr. Labbas Sbai pour avoir dénoncé tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Cette dérive a commencé par les vols de chameaux, alimentant le trafic de drogues et marginalisant les nomades de la Hamada du Drâa !

Actuellement, il est en grève de la faim à la prison de Ouarzazate et sa famille subit une pression énorme pour qu’il signe une demande de grâce au Conseil Supérieur de la Justice qui peut aboutir ou ne pas aboutir. Conscient que cette manœuvre est plus destinée à couvrir un procureur (il bénéficie paraît-il d’un puissant soutien à Rabat) que d’une réelle volonté de libération.

15 juin 2010

Un appel a été transmis à Amnesty International, au Conseil des Droits de l’Homme, à Genève, à la presse nationale et internationale et aux institutions et ONG œuvrant pour une bonne gouvernance au Maroc.

Cet appel est intitulé :

« Doit-on faire le procès de la corruption ou le procès de celles et de ceux qui la dénoncent ? »

Comité de soutien au Dr. Labbas Sbai pour une bonne gouvernance de la justice au Maroc.

13 juin 2010 : Une injustice tenace !

Quatre ans après, le Procureur du Roi à Zagora lance un mandat d’arrêt contre le Dr. Labbas Sbai qui est arrêté à l’hôtel Azur à Casablanca et transféré à la prison à Ouarzazate, comme un simple criminel. Explication du Procureur à Ouarzazate au Dr. Sbai : Vous n’aviez toujours pas signé la demande de grâce qu’on vous a présentée le 10 mars 2006 (4 ans plutôt !). Signez-là et on clos l’affaire, sinon vous faites le solde en prison tout de suite.

Fidèle à ses principes, le Dr. Labbas Sbai explique calmement au Procureur : « Si je ne l’ai pas signée il y a quatre ans, je ne vais pas le faire maintenant, les raisons de ma dénonciation de la corruption sont toujours actuelles. C’est au Procureur à Zagora de demander des excuses à un innocent et de répondre de ses actes à ses supérieurs. Donc, je maintiens mon refus ». Enfermé aussitôt.

Il a raison le Dr. Labbas Sbai de refuser à demander des excuses. Dans ce combat maintenant, il a le soutien de la population, du Droit, et de la Justice pour bonne gouvernance administrative et judicaire au Royaume en s’attaquant de front au fléau de la corruption, notamment celles des magistrats. Ce combat est d’actualité et nous sommes tous derrière le Dr. Labbas Sbai et derrière ceux, nombreux et anonymes, qui souffrent des dérives de ceux qui confondent : servir et se servir au Maroc d’aujourd’hui.

 

Le journal Le Temps : 19 juillet 2010

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Voir  le lien :

Le Temps 19 juillet 2010 par Valérie De GRAFFENRIED

Emprisonné au Maroc, un Suisse crie à l’injustice

Valérie de Graffenried

La famille de Labbas Sbaï, citoyen marocain et suisse, dénonce sa détention arbitraire. Le chirurgien a accusé des notables de sa région de protéger des trafiquants. Le DFAE suit l’affaire. Mais le fait qu’il soit binational corse le dossier

La vie du docteur Labbas Sbaï ne ressemble pas vraiment à un long fleuve tranquille. Ce binational marocain et suisse a travaillé durant plusieurs années comme chirurgien en Suisse romande, puis est parti en 1996 développer une structure hôtelière à M’hamid Lghizlane, une oasis du Sahara marocain. Il se trouve aujourd’hui en prison à Ouarzazate pour avoir pointé du doigt une connivence entre des autorités de la région et des trafiquants. Sa famille dénonce une détention arbitraire. Et le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) assure suivre l’affaire de près.

Labbas Sbaï est en prison depuis le 13 juin dernier. Mais ses difficultés remontent à 2006. En février de cette année, il est condamné à six mois de prison ferme pour outrage à magistrat et désordre dans un lieu public. Au procès d’un de ses employés accusé par un nomade de la mort d’un âne, l’homme avait dénoncé des notables de la région, dont le procureur de la province de Zagora, pour avoir fermé les yeux sur les activités de la pègre du coin qui s’adonne à des trafics de chameaux, de cigarettes et de drogue à la frontière algéro-marocaine.Une bande de nomades installée aux alentours de son bivouac importunait depuis plusieurs années les touristes et le personnel de son campement écologique. Fâché par l’inaction des autorités, Labbas Sbaï, décrit par les siens comme quelqu’un doté d’un tempérament de feu, a attiré l’attention du président du tribunal sur les «comportements mafieux» de ces «responsables corrompus».

«Digne des années de plomb»

Sa condamnation a provoqué une forte mobilisation dans la région. En Suisse aussi, des pétitions ont circulé. Son frère, Ali Sbaï, un physicien travaillant à Genève pour l’Union internationale des télécommunications (UIT), est outré. «Mon frère a été traité comme un criminel; il a été menotté et escorté par plusieurs voitures de police à Ouarzazate. On croyait être revenu à des scénarios dignes des années de plomb», dénonce-t-il. Après appel, la peine de Labbas Sbaï a été réduite de moitié. Finalement, la forte mobilisation aurait permis la libération du chirurgien le 10 mars 2006, dans des circonstances peu claires.

Aujourd’hui, Labbas Sbaï, marié à une Suissesse et père de deux enfants, est à nouveau en prison. «Pour purger le solde de peine», précise son frère, qui ne décolère pas. Il a été arrêté le 11 juin dans un hôtel de Casablanca. Le procureur de Zagora justifie cette arrestation par le fait qu’il n’a pas signé une demande de grâce au roi qui lui aurait été présentée le 10 mars 2006. Or Labbas Sbaï estime que c’est au procureur de s’excuser et pas à lui de signer un document qui, dans les faits, reviendrait à admettre son tort. Retour à la case prison donc.

«Il devrait théoriquement rester en prison jusqu’au 2 août. Mais, à en juger son arrestation arbitraire, nous craignons que sa détention se prolonge», commente Ali Sbaï. Il ajoute: «Même si mon frère, qui n’est rien d’autre qu’un prisonnier d’opinion, est libéré, il est important pour nous que les doléances de M’hamid soient prises au sérieux. Des villageois ont rassemblé les preuves à charge du procureur. Je transmettrai bientôt une lettre avec ces faits au roi.» Deux amies suisses du chirurgien ont, elles, adressé, le 25 juin, un «appel urgent» à Micheline Calmy-Rey. Elles se disent très inquiètes de l’état de santé de Labbas Sbaï, qu’elles décrivent comme quelqu’un dont l’«esprit critique et le franc-parler, ajoutés au fait qu’il est l’un des derniers descendants d’une importante tribu nomade, et donc considéré comme une forme d’autorité par les gens du désert, le rendent menaçant pour certaines personnes installées au pouvoir».

Pierre-Michel Quendoz, le chef suppléant de la Section de la protection consulaire du DFAE, leur a répondu le 2 juillet dernier. «C’est avec beaucoup d’engagement et de détermination que les différents intervenants suivent cette affaire de près», leur a-t-il écrit. Il ajoute toutefois que les représentations à l’étranger ne peuvent ni exercer des activités d’avocats, ni se prononcer sur l’innocence ou la culpabilité d’une personne. Et pas non plus s’immiscer dans des affaires juridiques courantes de leur pays hôte. «La protection consulaire est d’autant plus difficile à octroyer quand les intéressés sont des binationaux et que la nationalité du pays de détention est considérée prépondérante, comme cela est le cas dans l’affaire présente», ajoute-t-il.

Malgré cet obstacle, l’ambassade de Suisse à Rabat reste en contact téléphonique régulier avec les autorités compétentes sur place, Labbas Sbaï et ses proches. Vendredi, dans un mail adressé à une amie de Labbas Sbaï, la vice-consule de la mission suisse assure que «son état nous préoccupe effectivement beaucoup». Et fait savoir qu’un représentant de l’ambassade se déplacera «prochainement» à Ouarzazate pour lui rendre visite. Un village où la mobilisation est toujours importante: selon le journal Assabah, 250 policiers y ont été déployés la semaine dernière pour contenir les manifestants.

Labbas Sbaï, lui, vient d’écrire à l’ambassadeur de Suisse. Il ne va pas bien. Ali Sbaï: «Il est à l’hôpital et mène toujours une grève de la faim. Il a fait savoir que s’il était à nouveau transféré en prison, où il partage une cellule avec une vingtaine de prisonniers de droit commun, il arrêterait de boire.»

 

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http://oumma.com/Le-docteur-Labbas-Sbai-La-premiere

Pour avoir dénoncé les trafics de cocaïne et d’armes dans le sud-est marocain, le docteur Labbas Sbaï a été emprisonné en 2006 et 2010. De passage en Suisse, ce chirurgien, reconverti dans le tourisme écologique, rappelle que le vent de révolte qui secoue le monde musulman a commencé en octobre dernier au Sahara occidental. Des affrontements entre militants sahraouis et forces marocaines ont fait plusieurs morts.

Il y a quelques mois, Oumma avait rencontré à M’hamid, à la frontière entre le Maroc et l’Algérie, ce chirurgien de 54 ans, citoyen marocain et suisse. Il sortait de prison. Son crime ? Celui d’avoir dénoncé inlassablement depuis une décennie les trafics à la frontière. À la contrebande de dromadaires, de cigarettes, de haschich, il s’est substitué celle de la cocaïne, venue d’Amérique du sud et rejoignant l’Europe par des pistes mal gardées. Ces mafias bénéficient de la complicité de politiciens, de hauts fonctionnaires, de gradés de l’armée, dénonce Labbas Sbaï.

Pour ces accusations, le médecin a été emprisonné à deux reprises pour « outrage à magistrat » et « désordre dans un lieu public ». De passage en Suisse (son épouse est suisse alémanique), le chirurgien, qui a exercé à Lausanne, Fribourg, Berne, nous a accordé une interview. Issu d’une famille sahraouie, Labbas Sbaï ne milite pas au Polisario. Son père, rappelle-t-il, était un proche du roi Mohammed V. Toutefois, il dénonce la politique menée actuellement par le Maroc au Sahara occidental. Le royaume, prévient-il, n’est pas à l’abri de la révolte qui souffle actuellement sur le monde musulman.

Le docteur Labbas Sbaï en 2010 à sa sortie de prison

Vous n’appartenez pas au Polisario. Toutefois, vous vous montrez très critique sur l’attitude du Maroc au Sahara occidental.

Avant la Tunisie et l’Egypte, les premières manifestations pacifiques dans le monde musulman ont eu lieu dans le désert, à proximité d’El-Ayoun, la capitale du Sahara occidental. Plus de 15 000 Sahraouis s’étaient installés à partir du 12 octobre dans un camp de tentes. Ils ont violemment été évacués par les forces marocaines. Les heurts ont fait plusieurs morts et des centaines de blessés le 8 novembre dernier. En envoyant des chars, des avions, contre des civils, le Maroc a perdu toute chance de trouver une issue pacifique au Sahara occidental. Ce sont les troubles les plus graves depuis 1975.

Pourtant vous n’êtes pas pour l’indépendance du Sahara occidental ?

Je suis Marocain, mais j’ai de la famille au Sahara occidental, comme j’ai de la famille au Polisario. Je pense que Mohamed VI aurait pu sauver la situation en appliquant immédiatement un plan d’autonomie. Il ne l’a pas fait.

Ne craignez-vous pas que l’on vous accuse d’être proche du Polisario ?

Au Maroc, dès que vous critiquez le système, on vous soupçonne immédiatement d’être, soit gauchiste, soit islamiste, soit pour l’indépendance du Sahara occidental. C’est une façon pour le pouvoir de se voiler la face et de ne pas chercher à s’attaquer aux vrais problèmes.
Vous accusez les autorités de la province de Zagora de fermer les yeux sur le trafic de cocaïne.

Je suis revenu depuis une décennie dans cette région pour mettre en valeur l’oasis d’Oum Lâalag, qui appartient à ma famille, et pour développer le tourisme écologique dans le désert. J’ai vite découvert dans cette région, proche de la frontière algérienne, des mafias venues d’ailleurs. Elles se livrent au trafic de cocaïne. La drogue, venue d’Amérique du sud, est débarquée à Agadir, elle traverse le sud du Maroc, de l’Algérie, et depuis la Libye, elle remonte en Italie. C’est une route très peu surveillée. Ces mafias ont acheté des complicités au plus haut niveau dans la région de Zagora.

Le roi est-il au courant ?

J’en ai parlé à certains de ses conseillers, je leur ai donné des noms. Mais rien ne bouge. En revanche, j’ai été menacé à de multiples reprises, y compris par des membres de ma propre famille qui travaillent pour les trafiquants. Ma femme et mes deux enfants sont en Suisse, ils ne veulent plus venir à M’hamid et à Oum Lâalag. Je n’ai pas peur de répéter que des députés, des procureurs, des militaires travaillent pour des barons de la drogue. C’est pourquoi j’ai été jeté en prison à deux reprises. Heureusement, les gens sont venus manifester pour me soutenir durant ma grève de la faim.

La situation peut-elle s’envenimer ?

Il existe des alliances entre ces mafias de la drogue et Al-Qaïda au Maghreb islamique. Il n’y a pas que de la cocaïne qui transite dans cette région, mais aussi des armes. L’opinion publique l’ignore, mais on découvre parfois des caches d’armes dans le désert marocain. Des soldats sont tués lors d’affrontements. Mais tout cela reste caché. La presse est muselée. Je redoute que des terroristes ne viennent enlever des touristes dans cette région. Ce serait une catastrophe. Les hôtels se videraient, des dizaines de milliers de salariés se retrouveraient sans travail. Et comme le Maroc, miné par la corruption, est très fragile, tout peut arriver…

Propos recueillis par Ian Hamel

AMNESTY INTERNATIONAL
PUBLIC STATEMENT

Index: MDE 29/017/2010

Date: 29 July 2010

Morocco: Clarify the legal status of Dr Laabas Sbai’

Amnesty International has urged the Moroccan government to clarify the legal status of Dr Laabas Sbai’, who has been on hunger strike since two days after his arrest on 11 June 2010, apparently under an arrest warrant issued against him in 2006. He is currently being held at a hospital in Ouarzazet, where his health is reported to be deteriorating as a result of his hunger strike.

The arrest of Dr Sbai’ in Casablanca on 11 June 2010 is believed to be connected to his prosecution and imprisonment in 2006 on charges of insult and libel of the judiciary and public officials arising from remarks he made when he appeared as a witness in a case in which one of his employees was being prosecuted. As a result of his remarks, he is reported to have been charged with insulting officials and libel by the General Crown Prosecutor of Zagora. He is reported to have been arrested on 2 February 2006 and, before the end of that day,  tried, convicted and sentenced to a six month prison term while being denied time to consult a lawyer or prepare his defence. The Zagora appeal court subsequently confirmed his conviction, despite the serious procedural irregularities that had occurred, but cut his sentence by half. He went on hunger strike in protest and his imprisonment prompted wide criticism in Morocco and internationally. He was released a few weeks later, on 10 March 2006, when he says he was told by an official that he had benefited from a Royal Pardon issued by Morocco’s head of state, King Mohammed VI. However, he received no written notification confirming this.

It is unclear why Dr Sbai’ was rearrested on 11 June 2010 and the Moroccan authorities have yet to clarify this. It appears that they are seeking to enforce the prison sentence imposed upon him in 2006 despite the Royal Pardon which, he was told, was the reason for his release in March 2006.

According to as yet unconfirmed reports, Dr Sbai’ has complained to the authorities on several occasions about alleged criminal activities and smuggling in M’hamid el-Ghezlan, a region located in the south-east of Morocco in which he has been involved in developing ecotourism and other projects, and has accused the authorities of failing to investigate and take action against armed bandits and smugglers in the area. If so, this may have been a factor in his latest arrest. Women involved in development projects in M’hamid el-Ghezlan are reported to have held sit-in protests against Dr Sbai’s arrest and imprisonment earlier this month.  

In a letter to Minister of Justice Mohamed Naciri, Amnesty International called for clarification of the reasons and legal basis for the re-arrest of Dr Laabas Sbai’ and for confirmation that he was the subject of a Royal Pardon when previously imprisoned in 2006.

If his imprisonment is not directly related to the sentence imposed on him in 2006, Dr Sbai’ should be released immediately unless he is to be brought to trial promptly and fairly – including with due time and legal assistance to prepare his defence – on recognizable criminal charges.

Amnesty International – MENA Programme
1 Easton Street, London WC1X0DW  United Kingdom

Al Itihad, le 19.07.2010

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Libération 10 juin 2010

http://www.libe.ma/M-hamid-El-Ghizlane-Apres-la-contrebande-le-vol-des-dromadaires_a11901.html

M’hamid El Ghizlane : Après la contrebande, le vol des dromadaires

M’hamid El Ghizlane : Après la contrebande, le vol des dromadaires

 La zone frontalière de M’hamid El Ghizlane est une région propice aux activités illégales. Après le trafic de carburant, de cigarettes, de résine de cannabis qui risque de menacer la stabilité de la région, voici venu le temps du vol organisé de dromadaires. Deux accusés ont été déférés, lundi, au tribunal de Zagora, sur fond d’une plainte déposée par un jeune promoteur touristique de la région qui vient de perdre quatre de ses dromadaires.
Le voleur présumé est très connu dans la région pour ses actes répétitifs. Une histoire de portables, de jumelles de luxe et d’autres petits matériels a dévoilé la nature du dernier vol qui ne sera certainement pas l’unique méfait, vu la flexibilité et le laxisme avec lesquels autorités compétentes traitent ces questions. Il faut aussi souligner le manque de preuves et parfois la traversée nocturne de l’autre côté de la frontière, choses qui rassurent les voleurs.
La vie du désert s’organise dans la confiance et la solidarité. Dans les anciennes tribus nomades, le vol était considéré comme un crime grave contre la survie du groupe. Du coup, les bêtes sont souvent laissées libres d’aller et venir dans un périmètre délimité sous la surveillance des bergers ; parfois, elles vont plus loin… Mais il y a toujours quelqu’un pour les retrouver. C’est ainsi que cela fonctionne. Mais les voleurs qui sévissent dans la région, connaissent eux aussi le désert. Que vont  devenir ces dromadaires volés ? Selon les cas, leur destinée est variable : les marques du propriétaire peuvent être camouflées, et les bêtes conduites dans une autre région pour être revendues. Si elles n’ont pas de grande valeur, ou que le voleur ne veut pas prendre de risques, les bêtes  atterriront sur l’étal d’un boucher.
En fait, la victime, Lahcen, qui venait quelques jours auparavant de recevoir la reine Sofia d’Espagne qui est montée sur l’un des dromadaires volés, n’est pas un cas isolé. Plusieurs familles  sont  privées de leurs bêtes, de troupeaux entiers parfois, et ainsi condamnées à une sédentarisation précaire et sans ressources.
Les coupables… rarement châtiés. Quelques mois de prison, tout au plus. « Ce ne sont pas simplement quatre dromadaires qui manquent à l’appel, mais   quatre dromadaires de trop, la goutte qui a fait déborder le vase, si on veut dire », commente Lahcen qui a peur que « son procès emboîte le pas à d’autres affaires du même genre».
Dans la région de Mhamid El Ghizlane, on parle d’une véritable mafia et d’un réseau international. Ils sont d’anciens bergers, guetteurs, informateurs, transporteurs, revendeurs, bouchers, autant de personnes impliquées. Les dromadaires sont visés, mais ils ne sont pas les seuls : vaches, moutons, chèvres sont aussi appréciés par les voleurs.

Lettre au Ministre Délégué de l’Intérieur, restée sans réponse. Afin d’attirer son attention sur les manquements graves de certains responsables, le caid Ali Bouksim et le Procureur Lazhari, apparemment intouvchables:

Le 7 mars 2013

Votre Excellence, Monsieur Le Ministre Délégué à l’Intérieur,

Les derniers événements ont confirmé le teneur de mes précédents messages, concernant les trafics dans la région de M’hamid et leurs conséquences sur la sécurité de l’Etat et des citoyens dans cette région.

Un des principaux responsables de ce fléau, Mr. Ait El Kaid Lahcen, dit Lhou OUSSEHLOU, a été arrêté à Goulimine, il y a quelques semaines. Il est l’auteur de l’assassinat de Monsieur Lahcen BEIHI, le 30 décembre 2012 à Tafraout, dans la province d’Errachidia, pour faire taire un témoin gênant. La victime a été collaborateur à l’Intérieur comme Moukadam, parait-il. Selon plusieurs sources, c’était la 4e victime de ce grand trafiquant. Tout a commencé avec le vol de chameaux, en 2003-2004. Ait El Kaid Lahcen et sa bande ont décimé le cheptel des chameaux des pauvres nomades de la région, pour alimenter leurs trafics de drogue.

Pour comprendre cette incroyable histoire, il faut remonter à juin 2004. Les faits :

  1. Un comité de vigilance animé par mon frère le L. Sbai a été créé début 2004, pour traquer les voleurs de chameaux et les dénoncer aux autorités.
  2. Le 10 juin 2004, des membres vigilants ont repéré Ait El Kaid Lahcen avec deux complices et leurs motos, près d’Iriqui, à 100 kms à l’ouest de M’hamid, en train de voler un troupeau de chameaux. La traque en motos s’est poursuivi jusqu’à M’hamid, tôt le matin vers 4h00. Ait El Kaid Lahcen a réussi à se réfugier chez des proches et à jeter un fusil et des balles avant d’entrer à M’hamid.
  3. Mon frère a alerté aussitôt l’adjudant de gendarmerie, Ahansal à 6h00 du matin, le 11 juin 2004. Celui-ci a confirmé qu’il a trouvé les balles (elles étaient étalées sur son bureau !), mais pas le fusil, parait-il(?).
  4. L. Sbai a fait pression sur l’Adjudant Ahansal pour qu’il dénonce ce trafiquant et la détention d’armes, au Procureur Lazhari à Zagora. En précisant que ceci est un précédent grave pour la sécurité de la région et la quiétude des habitants.
  5. Ait El Kaid Lahcen, effectivement, a été arrêté et remis par l’adjudant Ahansal au Procureur Lazhari à Zagora.
  6. Surprise, le Procureur n’a retenu que la conduite de moto sans papier et l’a libéré après quelques semaines.
  7. L. Sbai a alerté le gouverneur Biognache pour ce manquement de la justice, en vain. On lui a fait comprendre que le procureur Lazhari est intouchable (il est l’ami d’un homme puissant à Rabat !)
  8. Le Caid Ali Bouksim a exprimé ouvertement son hostilité au Dr. L. Sbai et son soutien au procureur et a tout fait pour étouffer l’affaire Ait El Kaid Lahcen.
  9. Le procureur Lazhari et le caid Bouksim ont décidé d’écarter le danger du Dr. L. Sbai par tous les moyens.
  10. Le 2 février 2006, ce plan a commencé par l’arrestation et l’emprisonnement du Dr. L. Sbai. La suite, on la connaît : L. Sbai a exprimé au tribunal ce que tout le monde savait et redoutait :

Si on n’attaque pas maintenant ce trafic de chameaux et de cigarettes, c’est le trafic de drogue et des armes qui va suivre, en pointant du doigt le procureur de Zagora et le caïd de M’hamid dans leur laxisme, voir leur complicité.

  1. En étouffant la première affaire Ait El Kaid Lahcen le 11 juin 2004, ces responsables ont permis cette dérive grave vers la situation actuelle.
  2. Le vol des chameaux s’est poursuivi et toutes les personnes arrêtées ou dénoncées ont été libérées ou détenues pour quelques semaines, juste le temps pour qu’ils remercient le procureur Lazhari, pour services rendus. Plusieurs affaires ont été étouffées, la liste est longue, jusqu’à ce que le procureur Lazhari soit muté à Roumani, près de Rabat (souhaitant qu’on le surveille de près et qu’on le confronte à Ait El Kaid Lahcen!). Quant au caïd Bouksim, il a été promis pacha à Tata !
  3. Le 22 novembre 2012, 10 trafiquants avec 1.7 tonne de drogue, en caravane de chameaux, étaient arrêtés par les autorités algériennes (voir message précédant envoyé le 10 décembre). Affaire en cours…
  4. En tant que citoyens vigilants, et dans l’éducation qu’on a reçue de notre père, Hdj Mohamed Cheïkh SBAI, à servir notre pays et ses intérêts supérieurs, nous vous invitons à examiner ce cas symbolisant tant de dérives ces dernières années, avec objectivité et fermeté. Notre nouvelle constitution invite tous les citoyens à s’impliquer dans la bonne gouvernance judiciaire, administrative et environnementale dans un Etat de droit et non des responsables s’attribuant tous les droits.

Connaissant votre intégrité et votre étique pour cette bonne gouvernance, on a confiance à que ce message aura un suivi objectif et efficace.

Cordiales salutations

Dr. Ali SBAI


 

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