Maati Monjib: un Sakharov marocain

Maati Monjib: un Sakharov marocain!

L’historien et le militant des droits de l’Homme, Maati Monjib, est en grève de la fin depuis le 7 octobre, après le refus des autorités de l’empêcher de quitter le territoire, à deux reprises : pour Barcelone au mois de septembre et pour la Norvège en octobre. L’académicien marocain est habitué, en effet, à participer à des forums internationaux, depuis des années. Sa qualité de président national de l’ONG Freedom Now et ses initiatives pour encourager le journalisme d’investigation au royaume, en font une cible prioritaire des autorités et surtout du cabinet de l’ombre qui décide à faire taire toute voix critique au Maroc. On assiste au même scénario déjà utilisé pour neutraliser d’autres cas emblématiques, comme Ali Anouzla suite à sa couverture courageuse, dans www.lakome.com,  juillet – août 2013, de la grâce royale, et non moins honteuse, du pédophile espagnol, Daniel Galvin, auteur de viol et maltraitance sur 11 enfants marocains, âgés de 2 à 15 ans (lire : http://www.courrierinternational.com/article/2013/09/23/ali-anouzla-un-journaliste-trop-libre-toujours-en-prison). L’autre cas plus récent est celui du journaliste satirique Ali Lmrabet empêché d’avoir une attestation de résidence dans sa ville natale, Tétouan.  Les autorités craignant qu’il reprenne du service, après dix ans d’interdiction d’exercer le journalisme au Maroc (2005-2015), ont argué qu’il ne résidait pas à Tétouan. Tout simplement. Après près de 2 mois de grève de la faim devant le conseil des droits de l’homme à l’ONU à Genève, juin-juillet 2015, et une mobilisation internationale, Ali Lmrabet a été enfin autorisé à retirer son passeport au consulat de Barcelone. Quant à ce qu’il reprenne son activité au Maroc, il y a à parier que d’autres obstacles, mêlant procédures administratives et méthodes vicieuses, surgiront sur son chemin. Si pour ces plumes courageuses, informer leurs concitoyens et le monde entier n’a pas de prix, pour les conseillers de l’ombre, au bras long, tous les moyens sont bons pour les en empêcher. Telle est l’équation posée actuellement au Maroc dont le cas de Maati Monjib représente le paroxysme. Ici on assiste tout simplement à empêcher un académicien, reconnu et apprécié à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc à exercer ses activités scientifiques dans des forums internationaux. Cette méthode nous rappelle celle utilisée, dans les années 70, par l’ex-Union Soviétique pour empêcher l’académicien Andrei Sakharov de participer, en tant que physicien, dans des forums scientifiques organisés par ses pairs occidentaux. Ces méthodes n’ont pas empêché Andrei Sakharov d’obtenir le Nobel de la paix en 1975, ni l’URSS de s’effondrer 16 ans plus tard. A méditer !

L’argument avancé par les autorités parle d’irrégularités financières dans la gestion du centre Ibn Rochd géré par l’académicien, à travers une SA et donc soumise à l’audit administratif de l’Etat, selon le mandat du procureur. La presse officielle a sauté sur l’occasion et a balancé, de concert : des millions dilapidés, gestion familiale, non-respect des salariés, aide douteuse de l’étranger avec tout ce que ça comporte comme suspicion sur la sécurité de l’Etat, etc… Il faut se pincer le nez si on lit les différends réquisitoires déclinés par certains éditoriaux officiels dans le lynchage de l’académicien. Ceci nous rappelle qu’il y a du chemin à faire au Maroc, quant à la liberté d’expression. C’est Dreyfus sans de francs « J’accuse », du moins dans la presse marocaine. Heureusement que son comité de soutien et une mobilisation nationale et internationale ont fini par relever la tête car, in fine, son combat est le nôtre, tous, sans exception. Les marocains ont besoin, et sont fiers, de leurs académiciens qui brillent, des militants des droits de l’Homme et des journalistes qui rappellent à l’Etat ses obligations à respecter le droit d’expression et le droit d’informer, avec une seule exigence : la Vérité.  A noter que six personnalités politiques, de premier plan, ont condamné ce procédé et appelé à la libre circulation de l’académicien. Il s’agit d’Abderrahmane Youssoufi, compagnon de Mehdi Ben Barka et premier premier ministre de l’alternance sous Hassan II, de M’Mamed Boucetta, ex-secrétaire général du parti de l’Istiqlal, du dirigeant PJD, ancien ministre des affaires étrangères, Saadedine El Othmani, Ismail Alaoui, président d’honneur du PPS, Ben Said Ait Idder, ancien résistant et Nabila Mounib, secrétaire générale du PSU. Saluons leur initiative.

Sous la pression internationale et une mobilisation nationale, sans relâche, les autorités viennent d’annoncer, ce jeudi 29 octobre, via une décision de la justice, la suspension de l’interdiction de quitter le territoire pour Maati Monjib. C’est une première victoire, mais la vigilance doit être de mise car l’académicien demande l’abandon de cette interdiction et l’arrêt de harcèlements qu’il subit, lui et ses proches, depuis plusieurs mois. En effet, depuis son implication dans l’ONG Freedom Now, en avril 2014. Il a annoncé, en accord avec ses médecins, la suspension de sa grève de la faim, mais qu’il est décidé à la reprendre jusqu’à ce que ses droits, de mouvement et d’expression notamment, soient intégralement reconnus et respectés.  A suivre​​

Ali SBAI

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