Mohamed Cheikh SBAI: symbole de la résistance à toutes les dérives

Mohamed Cheikh SBAI a rejoint son Créateur, le 13 février 2005

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voir également: Mohamed Cheikh: dernier lion du désert

Avant propos:

Est venu le moment de partager avec vous ce site_blog, en hommage à mon père, Mohamed Cheikh SBAI, disparu il y a dix ans…

Y sera évoquée, avec émotion mais aussi avec lucidité, l’histoire de cet homme, compagnon de Mohamed V et de Ben Barka et qui a combattu les dérives de Hassan II. La complexité, pour ne pas dire la richesse, du personnage est ainsi exposée !

A travers son histoire on visitera une partie de celle du Maroc et du Sahara, sans prétention, mais sans concession non plus.

Que ce témoignage éclaire des zones d’ombre entretenues, par ignorance, ou plus grave à dessein afin de préserver des privilèges, par ailleurs dérisoires, empêchant tout le Maghreb d’évoluer.

J’assume la part de subjectivité inhérente à tout témoignage sur des personnages très proches (en l’occurrence, mon père), mais je revendique une exigence permanente de l’objectivité historique.

Je suis conscient que je risque de provoquer deux sortes de frustrations: chez ceux pour qui tout débat historique et politique doit l’être à travers un prisme étroit d’une cause dite nationale, et chez ceux pour qui toute discussion doit être orientée vers une critique systématique du (des) système(s).

Mais il y a tous les autres, nombreux, curieux de la vérité et souhaitant que nos pays (ceux du Maghreb en l’occurrence) avancent et construisent ensemble leur avenir sans renier leur passé. C’est plus à ceux-là que je m’adresse !

Que celles et ceux qui guettent le sensationnel, voir le superficiel, me pardonnent d’avoir opté pour une perspective historique, géographique et humaine. Donc apaisée et forcément moins nationaliste, au sens étroit du terme, bien sûr. Mais une perspective ô combien génératrice d’espoirs pour tous les pays du Maghreb bloqués par un conflit qui dure depuis plus de 40 ans, empêchant leurs peuples et leurs jeunesses de construire ensemble… De s’attaquer aux vrais défis actuels: l’éducation, le développement harmonieux et respectueux de l’environnement, la justice et la lutte contre les extrémismes, et leurs causes, en premier lieu: l’analphabétisme, la mauvaise répartition des richesses et la mauvaise gouvernance, en général. Ah si les causes, dites nationales, de ces pays convergent vers celle-ci, le Maghreb aurait fait un grand pas vers un développement et une intégration régionale prometteurs, à tout point de vue. Les nouvelles et futures générations le méritent…

L’avenir se construit avec ses voisins et non contre eux. Ceci est valable des deux côtés de chaque frontière… L’Europe l’avait entreprise, il y a plus de 50 ans, le Maghreb quand ? A méditer par les temps qui courent!

Ce site est construit à travers des articles (ou chapitres), en apparence indépendants, mais liés dans l’esprit, afin de permettre au lecteur de visiter le(s) aspect(s) qui l’intéresse(nt). J’y ai glissé des récits et réflexions, captés ou mûris au fil du temps, bien sûr. Un autre regard sur le désert y est exposé, avec un hymne au mode de vie nomade et un clin d’œil à ce grand oublié des conflits qui déchirent la région: l’environnement! L’histoire du Sahara, chapitre sensible si l’on est, sera plus consacrée à l’histoire des hommes que des pays, n’en déplaisent à ceux qui veulent la ramener à une vision binaire et réduite.

M’intéressant plus à l’environnement et à la nature, patrimoine commun, qu’à qui il peut appartenir, j’ai opté pour un regard dépolitisé. Vaste débat ! La politique m’a rattrapé, toutefois, dans certaines réflexions, sur les dernières élections municipales au Maroc par exemple ainsi que sur les problèmes de la mauvaise gouvernance, mais à travers des faits emblématiques (Le combat du Dr. Labbas SBAI ou encore M’hamid : chantier de la mauvaise gouvernance). Bonne lecture

Ces articles, dont certains à peine entamés, sont en cours d’alimentation dans le même esprit et avec la même exigence: la Vérité

Mohamed Ali, fils de Mohamed Cheikh SBAI

Articles:

Etoile filante & Destins croisés

Mohamed Cheikh: dernier lion du désert

Le désert: l’autre regard

Le combat du Dr. Labbas SBAI pour un tourisme responsible

M’hamid ElGhozlane: chantier de la mauvaise gouvernance

Réflexions de New York: août-septembre 2015

Récits de voyages

Poésie du désert

L’histoire du Sahara

Chapitre 1: Résistance à toutes les dérives

Mohamed Cheick SBAI fut l’un des premiers à organiser la résistance contre l’occupant français au sud, et à la coordonner avec le réseau de la résistance nationale. Ses amis de la résistance s’appelaient Cheikh El Arab, Fqih Basri,  Said Bounailat, et Ben Barka bien sûr, entre auItres

Il fut également à la tête de la délégation sahraouie qui a accueilli Mohamed V lors de sa fameuse visite à M’hamid ElGhozlane, le 25 février 1958

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المقاوم محمد الشيخ السباعي يقابل جلالة الملك محمد الخامس

أثناء زيارته التاريخية للمحاميد الغزلان 25 فبراير1958

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Le grand résistant Mohamed Cheikh SBAI avec Mohamed V à M’hamid, 25 février 1958, lui présentant les doléances des populations sahariennes

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Le fameux discours de Mohamed V à M’hamid El Ghozlane, le 25 février 1958

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Pièce de base du dossier marocain sur le Sahara

1962: Le clash avec Hassan II.

Mohamed Cheikh SBAI s’engage résolument avec Mehdi BEN BARKA, depuis 1959 à travers l’UNFP, symbolisant désormais l’espoir pour le peuple marocain. Cet espoir fut assassiné le 29 octobre 1965 à Paris. C’est la rupture définitive!

Le journal “AL Tahrir le 30 mai 1962

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إن الانتصار سيكون ولا بد حليف الشعب من أقصى الوطن إلى أدناه، مهما تفنن أعداؤه في الكذب والشعودة والديماغوجية
و إن أبناء الصحراء كبيرهم وصغيرهم لمستعدون للكفاح بجانب جميع طبقات الشعب المغربي في سبيل الديمقراطية والعدالة والمساواة وضد الرجعية والتخلف

من خطاب السيد بن الشيخ من المحاميد الغزلان، في مؤتمر الاتحاد الوطني للقوات الشعبية، مايو 1962

« La victoire sera inéluctable et l’alliée du peuple dans tout le pays, en dépit des prouesses de ses ennemis dans le mensonge, la comédie et la démagogie.
Les fils du Sahara, grands et petits, sont prêts pour la lutte aux côtés de toutes les couches sociales du peuple marocain pour la démocratie, la justice et l’égalité et contre les réactionnaires et le sous-développement »

Discours du grand résistant et membre de l’UNFP, Mohamed Cheikh SBAI, dit Ben Cheikh, publié au journal Al Tahrir le 30 mai 1962

En 1962, il a participé au 2e congrès de l’UNFP, à Casablanca, consacrant la rupture définitive entre BEN BARKA et HASSAN II et ouvrant un des chapitres les plus noirs du règne de Hassan II, les années de plomb de 1962 à 1972, offrant le Maroc au Général Oufkir. Mohamed Cheikh SBAI sera arrêté plusieurs fois durant ces années noires, frôlant la peine capitale à deux reprises : en octobre 1963, lors de la guerre des sables entre l’Algérie et le Maroc et en 1969 dans une purge nationale touchant les derniers fidèles de Mehdi BEN BARKA, éliminé en 1965. Dans les différents interrogatoires, les commissaires lui sortaient de leur tiroir son discours au 2e Congrès de l’UNFP, devant BEN BARKA et ses amis. Un BEN BARKA, félicitant le camarade Mohamed Cheikh, dit Ben Cheikh, aux propos révolutionnaires, qui seront publiés au journal Tahrir, du 30 mai 1962.

1965-1975: Purge des amis de BEN BARKA.

Mohamed Cheikh a été arrêté, en 1970 à M’hamid, pour la troisième fois  sur ordre d’Oufkir, avec un simple mot d’ordre: Ne me parlez plus de ce « chameau de M’hamid ». Lisez: liquidez-le! Les deux précédentes l’ont été en octobre de 1963, lors de la guerre des sables et en 1965, suite aux purges qu’a connues le Maroc après la disparution de Mehdi Ben Barka. 

Le Colonel H’da, gouverneur de Ouarzazate a transmis l’ordre, sans appel, au cynique Caïd EL Belghaïti à Tagounite… Les Mokhazni, en pleurs, n’ont pas pu dégainé et ont laché le lion du désert, en pleine Hamada espèrant qu’il meure de soif. Sa résistance, hors norme, sa connaissance du désert et surtout sa foi lui ont permis de rejoindre M’hamid en quelques heures… Le compagnon de Mohamed V traqué par Hassan II. Quel symbole! 

Sentant le danger il m’a chargé d’informer ses rares amis à Zagora et à Rabat afin qu’ils veillent sur sa famille et ses proches, car la main sanguine d’Oufkir pouvait sévir à tout moment. 

Gamin, j’ai effectué ce voyage inoubliable, en CTM, où je récitais à chaque virage le discours que je devais décliner à Zagora à son ami député, ayant tourné dignement sa veste, c’est à dire sans trahir ses amis, comme Mohamed Cheikh et surtout un cousin du roi, à Rabat. Leurs réactions en disent long sur ces années de plomb qu’a subi le royaume:

« Ô, mon fils, je n’y peux rien pour sauver ton père, que Dieu guide sur le bon chemin: Oufkir est maître de Rabat, le Colonel H’da est maître incontesté de Ouarzazate et le Super-Caïd Kifana fait ce qu’il veut à Zagora… Le défi de ton père au pouvoir est un pur suicide… Ils ont même éliminé Ben Barka, malgré une protection internationale… ». Le propos du très fin Naciri Abdeslam, dit Salamou Ali, résumait assez bien les années de plomb, ou années Oufkir, qui se sont abattues sur le Maroc, plus d’une décennie durant, de 1961 à 1972, année de l’échec miraculeux de la tentative de putsch d’Oufkir contre Hassan II. C’était le 16 août 1972. A Rabat, reçu en 1972, par Moulay Hachem, directeur du Bureau d’Enquête et Initiatives au Palais, pour recevoir les doléances de la population, ne m’a pas tenu un propos plus rassurant : «Dits à ton père de faire profil bas, en ce moment, c’est Oufkir qui décide de tout au Royaume, et il l’a en point de mire. S’il décide un jour de l’écraser contre un mur, on y peut rien nous ici! Transmets-lui mes chaleureuses salutations».

Dlimi a poursuivi la répression d’une manière plus violente jusqu’à ce qu’il soit attrapé par le sort d’Oufkir, avec en prime une torture humiliante au palais de Marrakech avant qu’il soit exécuté en 1983. 

La morale: on subit ce qu’on a fait subir aux autres.

Début du règne de Mohamed VI: Espoir et réconciliation…

Le vieux lion a refusé de présenter un dossier à la Commission Equité et Réconciliation. Une initiative, aussi louable que creuse, afin de solder les années de plomb, à bon compte. Mohamed Cheikh estimait que son (ses) combat(s) répondai(en)t à une éthique et un principe: servir et non se servir! 

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Recevant Mohamed VI à Zagora, octobre 2001, il lui chuchota à l’oreille:

« Vous êtes le bienvenu dans la terre qui a été foulée par vos ancêtres,…, et n’oubliez pas de prendre la main du pauvre !»

  « مرحبا بجلالتكم في الأرض التي وطوا فيها أسلافكم …     ولاتنسوا أن تاخذو ا بيد الظعيف»

Il a décliné toute aide ou privilège aux émissaires du roi venus s’enquérir auprès de lui après la visite royale… Tout un symbole!

Ceci pour quelques faits marquants de l’histoire de Mohamed Cheikh SBAI

 

 

 

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